Mardi 15 septembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

,

Franc-maçonnerie : Pierre Bertinotti, nouveau Grand Maître du GODF, entre Paris et l’Afrique des réseaux

Le Grand Orient de France (GODF) a élu, le 21 août 2025 à Bordeaux, son nouveau Grand Maître, Pierre Bertinotti. Âgé de 72 ans, professeur d’économie à CentraleSupélec, ancien haut fonctionnaire du ministère des Finances et diplômé de Sciences Po Paris et de HEC, il succède à Nicolas Penin pour un mandat d’un an. Une…

Le Grand Orient de France (GODF) a élu, le 21 août 2025 à Bordeaux, son nouveau Grand Maître, Pierre Bertinotti. Âgé de 72 ans, professeur d’économie à CentraleSupélec, ancien haut fonctionnaire du ministère des Finances et diplômé de Sciences Po Paris et de HEC, il succède à Nicolas Penin pour un mandat d’un an. Une nomination anodine en apparence, mais qui, dans l’ombre, interpelle l’Afrique francophone où le GODF a toujours entretenu des ramifications puissantes.

De Dakar à Abidjan, de Libreville à Brazzaville, les loges maçonniques du GODF ont servi de sas d’entrée vers la haute administration et les affaires. Nombre de ministres africains, de banquiers centraux et de dirigeants publics, parfois discrets, parfois connus, ont porté le tablier bleu. Si la franc-maçonnerie est officiellement détachée des jeux politiques, ses réseaux irriguent les cercles du pouvoir et fonctionnent comme un relais parallèle entre Paris et ses anciennes colonies. Dans certaines capitales, l’influence maçonnique a même supplanté les canaux diplomatiques classiques, offrant aux initiés un lieu de négociation hors cadre officiel.

L’élection de Bertinotti réactive ces réseaux à un moment charnière. Son discours sur la « refondation du pacte social » et la défense de l’État de droit dépasse les frontières hexagonales : pauvreté, fragilisation des solidarités, menaces environnementales et intelligence artificielle sont autant de sujets qui traversent de plein fouet l’Afrique francophone. Mais derrière cette rhétorique progressiste, l’enjeu est clair : maintenir l’ancrage du GODF dans un continent où la concurrence pour l’influence s’intensifie.

Car l’Afrique d’aujourd’hui n’est plus celle des années 1980 où la loge parisienne trônait sans partage. Les puissances émergentes – Chine, Russie, Turquie, pays du Golfe – investissent les élites locales avec leurs propres réseaux, marginalisant l’ancienne suprématie française. Dans ce contexte, la franc-maçonnerie apparaît comme l’un des derniers bastions de soft power à la française, discret mais tenace. À Libreville ou à Cotonou, certains initiés continuent de jouer les intermédiaires dans les grands dossiers : adjudications publiques, concessions portuaires, négociations minières.

Pour l’Afrique francophone, l’élection de Bertinotti n’est donc pas un simple fait divers hexagonal. Elle s’inscrit dans la bataille souterraine des influences, où les loges maçonniques demeurent des passerelles confidentielles entre Paris et les palais africains. L’homme, économiste respecté et serviteur de l’État, incarne une légitimité académique qui rassure les élites. Mais son mandat d’un an est aussi une course contre la montre : entretenir la flamme d’un réseau ancien, parfois contesté, dans un continent où les équilibres politiques et diplomatiques basculent à grande vitesse.

Dans les couloirs feutrés du GODF, certains y voient déjà une tentative de reconquête d’une influence perdue. En Afrique, d’autres y reconnaissent le retour d’un vieux compagnon de route, discret mais toujours présent dans les moments décisifs.

Partager :f????in

Financial Afrik Premium

Lisez la finance africaine comme un professionnel

Accès illimité à 30 000 articles, archives 2013-2026, magazine PDF mensuel, alertes mots-clés, base de données dirigeants et newsletters premium.

à partir de 9 € / mois · sans engagement