Le groupe EBOMAF, propriété du milliardaire burkinabè Mahamadou Bonkoungou, vient de connaître un revers cinglant au Gabon. Comme l’a révélé Gabon Actu, la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) a annoncé mercredi 20 aout la fin de sa collaboration avec l’opérateur privé, seulement six mois après lui avoir confié la gestion de ses activités. Une rupture sèche, assortie de la promesse officielle de maintenir la continuité du service public, en particulier sur la ligne stratégique Libreville–Port-Gentil.
Ce départ précipité illustre les aléas d’une stratégie d’expansion régionale qui avait pourtant jusque-là souri à Mahamadou Bonkoungou. Connu pour avoir bâti sa fortune dans le BTP et les infrastructures routières en Afrique de l’Ouest, le patron d’EBOMAF avait diversifié son empire en se positionnant sur des secteurs de souveraineté, notamment le transport aérien et maritime.
En février 2025, son entrée dans le capital opérationnel de la CNNII avait été présentée comme une bouffée d’oxygène pour une compagnie lourdement endettée et minée par 17 mois d’arriérés de salaires. Mais cette incursion gabonaise tourne court. Si l’État avait sollicité EBOMAF pour renflouer la compagnie nationale, le divorce après à peine un semestre rappelle la fragilité de certains partenariats public-privé dans la sous-région.
Ce revers ne remet pas pour autant en cause la trajectoire ascendante de Mahamadou Bonkoungou, dont l’appétit pour l’expansion continentale reste intact. L’homme d’affaires burkinabè, déjà actif dans la construction de routes et de grands travaux publics au Burkina Faso, au Togo, au Bénin et en Guinée, a su capitaliser sur sa capacité à intervenir là où les États recherchent des partenaires de financement et de gestion rapide.
Entre succès indéniables et échecs retentissants, le parcours de Bonkoungou illustre la complexité des ambitions panafricaines dans des secteurs stratégiques. Le dossier gabonais s’ajoute désormais à la liste de ces expériences mitigées qui rappellent qu’investir dans des outils de souveraineté nationale exige une stabilité institutionnelle et une acceptation sociale parfois difficiles à concilier. Pour Libreville comme pour EBOMAF, l’épisode de la CNNII restera une parenthèse mouvementée dans un agenda de conquête africaine qui, lui, ne semble pas près de s’interrompre.
