Conçue au XVIᵉ siècle par le cartographe flamand Gerardus Mercator pour faciliter la navigation maritime, la projection de Mercator déforme les proportions réelles de la planète. Elle agrandit considérablement les zones proches des pôles, comme l’Amérique du Nord ou le Groenland, tout en comprimant celles situées près de l’équateur, à l’image de l’Afrique et de l’Amérique du Sud. Ainsi, un Groenland de 2,16 millions de km² apparaît presque de la taille du continent africain, qui s’étend pourtant sur 30,3 millions de km² et pourrait contenir quatorze fois l’île arctique. Pour de nombreux experts, cette distorsion visuelle contribue à entretenir une perception erronée de l’Afrique comme espace “marginal”, alors qu’il s’agit du deuxième plus grand continent au monde, abritant plus d’un milliard d’habitants, rapporte News.Az citant Reuters.
« Cela peut sembler n’être qu’une carte, mais en réalité, ce n’en est pas une », a déclaré Selma Malika Haddadi, vice-présidente de la Commission de l’Union africaine, dénonçant un modèle qui influence la manière dont les médias, l’éducation et même les politiques publiques appréhendent l’importance de l’Afrique.
La campagne « Correct the Map », portée par les organisations Africa No Filter et Speak Up Africa, promeut la projection Equal Earth, conçue en 2018 pour restituer fidèlement la taille des pays et continents. « La taille actuelle de l’Afrique sur les cartes est erronée. C’est la plus longue campagne de désinformation du monde, et elle doit cesser », affirme Moky Makura, directrice exécutive d’Africa No Filter.
Pour Fara Ndiaye, cofondatrice de Speak Up Africa, l’enjeu touche directement à l’identité et à la fierté africaines, particulièrement chez les enfants exposés dès l’école à la projection de Mercator. Elle explique que des démarches sont en cours pour faire adopter Equal Earth dans les manuels scolaires africains et encourager son utilisation par les grandes institutions internationales.
Haddadi précise que l’adhésion de l’Union africaine s’inscrit dans une stratégie plus large visant à « restituer à l’Afrique sa place légitime sur la scène mondiale », alors que les appels à réparation pour le colonialisme et l’esclavage se multiplient. L’organisation compte plaider pour une adoption généralisée de cette nouvelle carte auprès de ses 55 États membres et ouvrir des discussions sur des actions collectives.
Si la campagne progresse, la projection de Mercator reste omniprésente, notamment dans les écoles et sur les plateformes numériques. Google Maps, par exemple, a adopté une vue en globe 3D sur ordinateur en 2018, mais conserve la projection Mercator par défaut sur ses applications mobiles.
Les promoteurs d’Equal Earth cherchent à convaincre des institutions comme les Nations unies et la Banque mondiale d’abandonner Mercator. La Banque mondiale indique déjà utiliser Equal Earth ou Winkel-Tripel pour ses cartes statiques et réduire progressivement le recours à Mercator en ligne. L’ONU, de son côté, rappelle que toute modification nécessiterait un examen et une approbation par son comité d’experts.
L’initiative africaine reçoit par ailleurs un appui croissant hors du continent. Dorbrene O’Marde, vice-président de la Commission des réparations de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), salue Equal Earth comme un rejet de « l’idéologie de pouvoir et de domination » véhiculée par Mercator depuis plus de quatre siècles.




