Dans l’univers feutré mais impitoyable de la gestion collective en Afrique centrale, le millésime 2024 aura confirmé ce que les initiés savaient déjà : les poids lourds dictent la partition et la concurrence se contente souvent de jouer les seconds violons. Au 31 décembre 2024, la photographie du marché des Organismes de Placement Collectif (OPC) dans la CEMAC consacre, sans surprise, Harvest Asset Management comme maître absolu du jeu, avec un actif total sous gestion flirtant avec 346 milliards de FCFA (environ 574 millions de dollars), soit 36,08 % de parts de marché.
Derrière, Elite Capital Asset Management SA défend honorablement sa position avec 181,78 milliards de FCFAd’encours (301 millions de dollars), captant 18,95 % du marché. Mais l’écart abyssal avec le leader laisse peu de place à l’illusion d’un renversement à court terme. ASCA Asset Management, troisième du classement, affiche 100,98 milliards de FCFA (167 millions de dollars) et un respectable 10,53 % de parts de marché, tout en consolidant un portefeuille aux contours plus spécialisés.
La seconde moitié du top 5 est occupée par Corridor Asset Management et Africa Bright Asset Management, au coude-à-coude autour des 69,6 milliards de FCFA (115 millions de dollarschacun) et d’une part de marché avoisinant 7,26 %. Un duel de taille moyenne, mais révélateur de la polarisation croissante entre mastodontes et acteurs intermédiaires.
Les chiffres bruts masquent pourtant une réalité stratégique : la domination d’Harvest repose sur une double dynamique — un matelas d’actifs monétaires domestiques robuste et une exposition OPCVM calibrée pour capter à la fois la clientèle institutionnelle et les flux internationaux en quête de rendement décorrélé des marchés développés. Dans cette perspective, les 244,54 milliards de FCFA d’OPCVM sous gestion par Harvest constituent un véritable « proxy » régional pour les investisseurs cherchant à diversifier hors zone euro-dollar.
Le marché dans son ensemble, encore embryonnaire à l’échelle des grandes places africaines, n’en demeure pas moins un terrain de jeu où la concentration du pouvoir de gestion, mesurée ici par la part cumulée des cinq premiers (près de 80 %), impose ses codes. Une barrière à l’entrée tacite pour les aspirants gestionnaires, mais aussi un gage de stabilité pour les investisseurs institutionnels qui privilégient la profondeur de bilan et la continuité opérationnelle.
En somme, 2024 aura rappelé que, dans la CEMAC, la gestion d’actifs n’est pas qu’une affaire de chiffres : c’est une question de stature, de réputation et d’aptitude à se positionner comme contrepoids crédible aux aléas d’un marché régional encore en quête de maturité.




