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Davos : La chute de Klaus Schwab, ou pourquoi les arbres n’atteignent jamais le ciel

1 franc suisse (CHF) ≈ 1,14 dollar américain (USD. Il était l’homme le plus influent du monde. Un professeur d’ingénierie allemand devenu le grand ordonnateur du capitalisme mondialisé. Chaque hiver, dans les hauteurs feutrées de Davos, Klaus Schwab rassemblait chefs d’État, patrons du CAC 40, milliardaires de la Silicon Valley, stars hollywoodiennes et représentants d’ONG.…

1 franc suisse (CHF) ≈ 1,14 dollar américain (USD. Il était l’homme le plus influent du monde. Un professeur d’ingénierie allemand devenu le grand ordonnateur du capitalisme mondialisé. Chaque hiver, dans les hauteurs feutrées de Davos, Klaus Schwab rassemblait chefs d’État, patrons du CAC 40, milliardaires de la Silicon Valley, stars hollywoodiennes et représentants d’ONG. Il ne convoquait pas le monde, il l’organisait. Pendant plus de 50 ans, il fut le visage et l’architecte du Forum économique mondial, l’homme par qui passaient les grandes idées de coopération internationale… mais aussi les critiques les plus virulentes.

À 88 ans, l’annonce de sa démission brutale, le 21 avril 2025, a fait l’effet d’un séisme. Un simple communiqué : « Alors que je commence ma 88e année, j’ai décidé de quitter le poste de président et de membre du conseil d’administration, avec effet immédiat. » Un départ précipité, sans cérémonie ni discours, pour celui qui s’était toujours présenté comme le gardien du temple du progrès global.

Derrière cette sortie discrète, un contexte plus sombre. Selon le Wall Street Journal, le conseil d’administration du Forum aurait décidé d’ouvrir une enquête sur des manquements éthiques et financiers impliquant Klaus Schwab et son épouse. Des soupçons assez graves pour faire basculer la confiance qui le liait au cœur de son propre édifice. Il aurait renoncé à sa pension de 5 millions de francs suisses « en gage de bonne foi », mais trop tard : le lien était rompu. Le conseil, composé de figures politiques et économiques de premier plan, l’a remplacé par Peter Brabeck-Letmathe, ancien PDG de Nestlé, en attendant un successeur.

Le Forum économique mondial, fondé en 1971, était son œuvre. Davos, sa scène. Au fil des décennies, Schwab avait bâti un réseau mondial sans équivalent, élargi son cercle au-delà de l’Europe, attirant les géants de la tech, les émergents du Sud, les banquiers de Wall Street comme les rois du Golfe. Chaque année, les hôtels de la petite station grisonne affichaient complet, les hélicoptères se posaient à la chaîne, et les caméras du monde entier captaient le ballet de l’élite. Davos rapportait à lui seul 450 millions de francs à l’économie locale. Mais au-delà du spectacle, Schwab croyait à sa mission : « améliorer l’état du monde ».

Ce rêve, porté par un langage souvent technocratique — chaînes d’approvisionnement, gouvernance durable, partenariats multipartites — s’est heurté à une réalité plus brutale. Celle d’un monde de plus en plus sceptique face aux élites globalisées. D’un Forum de plus en plus critiqué pour son opacité, son entre-soi, et sa capacité à influencer les politiques publiques sans légitimité démocratique. À tel point que le « Davos man » est devenu une figure honnie, symbole de la déconnexion des puissants. Les accusations de collusion, d’agendas cachés, et même de conspiration, ont fleuri. Schwab lui-même a été caricaturé en grand ordonnateur d’un « nouvel ordre mondial » imaginé par les milieux complotistes.

Dans les dernières années, il s’était rapproché de Richard Attias, communicant chevronné et maître d’œuvre de multiples forums internationaux, dont le Future Investment Initiative en Arabie saoudite. Une alliance entre deux faiseurs de sommet, parfois perçue comme une tentative de Schwab de maintenir son influence face à l’émergence de nouveaux pôles de pouvoir mondiaux. Mais là encore, l’alchimie n’a pas suffi à endiguer la fin de cycle.

Klaus Schwab quitte la scène dans un mélange de silence gêné et de soulagement discret. Il rêvait d’un passage de témoin en grande pompe, mais quitte ses fonctions par la petite porte, sous les ombres d’une enquête. Le monde qu’il a façonné lui survit, mais sans lui. Son règne s’achève comme finissent toutes les grandes épopées trop longues : sur une dissonance.

L’histoire retiendra que les arbres, même les plus hauts, ne touchent jamais le ciel.

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