À trente jours de la fin de son mandat, Akinwumi Adesina, président sortant de la Banque africaine de développement (BAD), multiplie les décisions comme s’il lui restait cinq années à la tête de l’institution. Promotions, privilèges et avantages pleuvent sur la Lagune. Plus de 22 hauts cadres viennent d’être nommés à des postes clés. Une frénésie de signatures qui interroge.
Parmi les promus, son fidèle directeur de cabinet Alex Mubiru est propulsé depuis quelques semaines à la tête de la représentation pour l’Afrique australe dans une première vague qui avait concerné quelques cadres. La dernière vague rendue publique le 30 juillet alors que le conseil d’administration est en congés depuis le 18 juillet, touche des postes dans plusieurs pays . À commencer par l’Ethiopie où la BAD vient de signer une lettre d’intention de 7,8 milliards de dollars avec Ethiopian Airlines pour la construction d’une ville aéroportuaire. Dans ce pays stratégique , c’est Olajide Oluwaseun Oyewusi, jusque-là chef de division à la présidence – et présenté dans son CV comme ex-agent de sécurité du président, voire son aide camp – qui devient directeur général adjoint pour l’Afrique de l’Est et responsable-pays désigné.
Autres promotions notables :
- Francis Sam Yaya Dogo (Togo) devient DG adjoint pour l’Afrique centrale et responsable-pays en RDC.
- Mohamed Abdalla Cherif (Mauritanie), ex-responsable au Sénégal et à Madagascar, prend aussi du galon à Kinshasa en tant que chef de bureau .
- Themba Bhebhe (Zimbabwe), expérimenté de la maison, est nommé responsable-pays pour l’Ouganda.
- Jemimah Njuki (Kenya), figure des questions de genre, prend la tête du département Genre, Femmes et Société civile.
- Tom Mboya Owiyo (Kenya) dirigera l’exécution du portefeuille et de l’impact, un poste aux contours flous.
- Bahati Sanga (Tanzanie) est promu directeur des systèmes d’information.
La vague touche toute l’Afrique avec de nouveaux chefs de bureau:
- Mozambique : Rômulo Cunha Corrêa (Brésil)
- Niger : Mamadou Tangara (Mali)
- Libéria : Rees Mwasambili (Zambie)
- Togo : Pascal Yembiline (RCA)
- Ghana : Halima Yussuf Hashi (Tanzanie)
- Sierra Leone : Andoh Obed Mensah (États-Unis)
- Tanzanie : Mary Manneko Monyau (Lesotho)
- Sénégal : Wilfrid Paterne Abiola (France)
- Zimbabwe : Eyerusalem Fasika (Éthiopie)
- Soudan du Sud : Josephine Waithira Ngure (Kenya)
- Mali : Cédrique Achille Mbeng Mezui (Gabon)
- Soudan : David Muthusi Mutuku (Kenya)
- Centrafrique : Mamadou Coulibaly (Burkina Faso)
Des profils solides, certes, mais une question demeure : pourquoi maintenant ? « Rien ne l’interdit selon les textes », confie un connaisseur de la BAD, « mais la tradition veut qu’un président sur le départ se transforme en reine d’Angleterre : discours d’adieu, remerciements aux chefs d’État, et surtout, retenue ». Et de rappeler : « nommer à ce stade n’a pas de sens. La période probatoire est de six mois. Le successeur devrait avoir les coudées franches pour former son équipe. »
En pleine transition, ce verrouillage des postes dérange. Le conseil d’administration, en congé depuis le 18 juillet, semble absent, tout comme Adesina, censé jouir de ses 40 jours de congés annuels. Son mandat prend fin le 31 août à minuit, même si ses proches préfèrent parler du 1er septembre à 8h. En principe, c’est le temps des transmissions, pas des dernières manœuvres. Mais le président sortant semble avoir choisi de tracer une ultime ligne droite… à sa manière.




