Dans un entretien sans détour accordé à Alain Foka, Tidjane Thiam, ex-CEO de Crédit Suisse et candidat déclaré à la présidentielle ivoirienne, balaie toute comparaison avec Alassane Ouattara. « Comparer nos parcours, c’est de l’ignorance pure », lâche-t-il, visiblement excédé par les parallèles récurrents entre les deux hommes. « Lui, c’est un fonctionnaire international au FMI. Moi, un CEO du Fortune 500. Vous comparez un salarié à 400 000 dollars à un dirigeant à dix millions ? Vingt fois plus. Sur quelle planète vivez-vous ? », assène Thiam, opposant à la trajectoire institutionnelle de Ouattara sa propre ascension dans la haute finance mondiale.
Revendiquant l’excellence comme boussole, Thiam assume son élitisme. « On me reproche d’avoir toujours été premier. Est-ce ma faute ? J’ai été pré-premier au BEPC au Maroc. Ce n’est pas seulement en Côte d’Ivoire. » Une manière assumée de souligner une trajectoire hors norme, forgée loin des cercles classiques du pouvoir ivoirien. Sur l’échéance présidentielle, l’ancien ministre de Bédié tranche net : aucun plan B. « C’est moi ou le déluge », résume-t-il. Une posture ferme, alors que le PDCI est agité par les ambitions internes, et que Jean-Louis Billon se positionne en alternative, dans une configuration rappelant le duo Sonko–Diomaye au Sénégal. « On n’est pas au Sénégal. Macky Sall ne s’est pas représenté. Ici, on fait face à un président qui veut briguer un quatrième mandat. »
Interrogé sur une éventuelle alliance avec Laurent Gbagbo, Thiam reste volontairement flou. Il admet n’avoir pas la même idéologie avec l’ancien chef d’État, mais évite de se prononcer sur un soutien éventuel en cas d’empêchement.
Soucieux de redéfinir les rapports entre pouvoir politique et économie, Thiam défend un modèle anglo-saxon où l’État pend la place que lui laisse les entreprises à l’inverse du modèle fraçais. « Les chefs d’État africains devraient passer plus de temps avec leurs entreprises qu’avec celles des étrangers« , lance-t-il. Une posture qui plaira certainement aux entreprises locales.
