La Banque centrale du Soudan du Sud (BoSS) a franchi une étape majeure dans la digitalisation de l’économie nationale en annonçant, le 18 juillet 2025, la reconnaissance officielle du Mobile Money comme moyen de paiement légal pour l’achat de biens et services dans tout le pays.
Cette décision s’inscrit dans le cadre du plan stratégique 2023-2027 de la BoSS, qui vise à élargir l’accès aux services financiers et à porter le taux d’adoption de l’argent mobile à 30 % de la population adulte d’ici 2027. L’institution monétaire entend ainsi réduire la dépendance au cash et améliorer l’inclusion financière, notamment dans les zones rurales faiblement bancarisées.
Le développement du Mobile Money repose en grande partie sur les opérateurs télécoms, notamment MTN South Sudan et Zain South Sudan, qui fournissent les infrastructures et plateformes nécessaires. Malgré les défis liés à la qualité du réseau et à la couverture, ces acteurs restent essentiels pour rapprocher les services financiers des populations, surtout dans un pays où l’accès aux banques traditionnelles est encore très limité.
Le mobile money connaît une croissance progressive au Soudan du Sud, portée principalement par ces opérateurs. Cependant, son adoption reste limitée à environ 10 % de la population adulte, en raison notamment des infrastructures télécoms fragiles, de la faible pénétration des smartphones et des difficultés d’accès aux services dans les zones rurales et reculées.
Selon la Banque centrale, la reconnaissance officielle de l’argent mobile permettra de rendre les produits financiers numériques plus accessibles, à des coûts réduits, pour une population encore largement exclue du système bancaire classique. L’argent mobile devient ainsi, aux côtés de la livre sud-soudanaise, un canal de transaction officiellement reconnu, dans un contexte de crise de liquidité qui affecte le pays.
Une décision controversée
Cependant, cette reconnaissance officielle suscite des débats. Certains économistes remettent en cause la décision de la Banque centrale, soulignant des incertitudes juridiques quant à sa conformité avec la Constitution. Selon eux, la livre sud-soudanaise demeure la seule monnaie légale et, sans une révision juridique explicite, cette mesure pourrait faire l’objet de contestations.
D’autres observateurs s’interrogent sur la préparation technique et l’adéquation des infrastructures pour soutenir un tel virage. Ils dénoncent la faible couverture réseau, le manque de transparence sur les frais de transaction, ainsi que l’incapacité de nombreux agents mobile money à effectuer des retraits, faute de liquidités suffisantes.
