C’est désormais officiel. Le président camerounais Paul Biya, au pouvoir depuis plus de 42 ans, briguera un huitième mandat à la tête du pays. L’annonce a été faite ce dimanche 13 juillet 2025 via une publication sur le compte X (ex-Twitter) officiel du chef de l’État.
À 92 ans, Paul Biya entend ainsi prolonger son règne, déjà l’un des plus longs au monde. Il répond, selon ses mots, aux « appels pressants » venus des dix régions du Cameroun et de la diaspora.
Pour justifier son choix, le nonagénaire affirme vouloir « assurer la sécurité et le bien-être des filles et des fils du Cameroun », ce qui constitue « la mission sacrée à laquelle je consacre mon temps et mon énergie, depuis mon accession à la Magistrature suprême. »
Se positionnant en garant de la stabilité nationale, il se dit « déterminé à poursuivre » son action, malgré un « environnement international de plus en plus contraignant ». Assure également que la situation des jeunes et des femmes sera au centre de ses priorités pour ce prochain mandat qu’il sollicite. « Ensemble, il n’est pas de défis que nous ne puissions surmonter. Le meilleur reste à venir », conclut-il.
Une annonce attendue et controversée
Cette candidature ne surprend guère les observateurs. Pourtant, elle relance immédiatement le débat sur la longévité au pouvoir en Afrique centrale. Paul Biya, arrivé au pouvoir en 1982, est devenu au fil des décennies une figure emblématique du « pouvoir perpétuel », dans une région marquée par la récurrence des présidences à vie.
Avec plus de quatre décennies passées à la tête du Cameroun, le président Biya est aujourd’hui le deuxième chef d’État le plus âgé au monde encore en fonction. Malgré l’âge quelque peu avancé, son message se veut optimiste, se positionnant comme le seul capable de garantir l’ordre et la cohésion nationale face aux « défis aigus » du moment.
Enjeux
L’élection présidentielle, prévue le 12 octobre 2025, s’annonce cruciale. Le Cameroun reste confronté à des tensions multiples : instabilité dans les régions anglophones, pressions économiques, chômage des jeunes, et attentes grandissantes d’une alternance politique.
La promesse d’un avenir meilleur, martelée dans sa déclaration, s’inscrit dans un contexte où une large frange de la jeunesse camerounaise exprime de plus en plus ouvertement son désir de changement et d’alternance.
Une communication maîtrisée, mais loin de l’unanimité
La méthode d’annonce via une plateforme numérique illustre la volonté du pouvoir de maîtriser son message et de s’adresser directement aux Camerounais. Cependant, sur les réseaux sociaux, la nouvelle a immédiatement suscité une vague de réactions, oscillant entre adhésion fidèle, inquiétude citoyenne et indignation populaire.
Dans un pays où l’alternance démocratique n’a jamais eu lieu au sommet de l’État, cette nouvelle candidature pourrait exacerber les tensions entre pouvoir et opposition, à quelques mois d’une campagne qui s’annonce tendue.
Vers une épreuve de vérité démocratique ?
Alors que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et centrale sont confrontés à des transitions politiques sensibles – parfois par la force, comme au Mali ou au Tchad –, la candidature de Paul Biya ravive le débat sur la limitation des mandats, l’âge des dirigeants, et la place de la jeunesse dans la gouvernance.
S’il parvient à se faire réélire, Paul Biya terminerait son huitième mandat à l’âge de 99 ans. Un chiffre symbolique, qui questionne aussi bien sur les capacités de gestion d’un pays jeune que sur la crédibilité démocratique d’un tel système.
Prochaine étape : le calendrier électoral
Le Conseil constitutionnel camerounais devrait confirmer les modalités du scrutin dans les jours à venir. L’opposition, encore dispersée, est attendue au tournant. Les regards sont tournés vers les figures émergentes qui pourraient incarner l’alternance, si toutefois l’espace politique et les conditions d’équité le permettent.



