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L’Éthiopie achève le Grand barrage de la Renaissance : 4 milliards de dollars sur « fonds propres »

Lancé en 2011 pour un coût estimé à 4 milliards de dollars, le Grand barrage de la Renaissance (GERD), situé sur le Nil Bleu, est désormais achevé. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a annoncé, jeudi 3 juillet 2025 devant le Parlement, que l’inauguration officielle de cet immense ouvrage hydroélectrique aurait lieu en septembre prochain.…

Lancé en 2011 pour un coût estimé à 4 milliards de dollars, le Grand barrage de la Renaissance (GERD), situé sur le Nil Bleu, est désormais achevé. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a annoncé, jeudi 3 juillet 2025 devant le Parlement, que l’inauguration officielle de cet immense ouvrage hydroélectrique aurait lieu en septembre prochain. Véritable prouesse d’ingénierie, le barrage s’impose comme le plus grand projet énergétique jamais entrepris sur le continent africain.

Avec une capacité de production électrique de 5 000 mégawatts, soit le double de la capacité actuelle de l’Éthiopie, le GERD constitue un investissement stratégique au service de l’autonomie énergétique, de l’industrialisation et de l’intégration régionale. L’ouvrage, long de 1,8 kilomètre et haut de 145 mètres, devrait transformer l’Éthiopie en un hub énergétique majeur pour la Corne de l’Afrique, avec des retombées économiques attendues sur plusieurs décennies.

L’un des aspects les plus remarquables du projet réside dans son mode de financement. Refusant l’ingérence extérieure, Addis-Abeba a décidé de financer le GERD sans recours direct à des bailleurs internationaux ou institutions financières multilatérales. Le financement a été assuré par l’État éthiopien, via des obligations nationales, des contributions populaires, des prélèvements sur les fonctionnaires et des campagnes patriotiques. Cette mobilisation financière inédite a été présentée comme un acte de souveraineté économique et de fierté nationale.

Un projet au cœur des tensions géopolitiques du Nil

Mais le chemin vers l’achèvement du GERD n’a pas été sans turbulences. Dès son lancement, le projet a été vivement contesté par l’Égypte et le Soudan, deux pays en aval du Nil, qui redoutent une réduction de leur accès à l’eau. Le Caire, qui dépend à plus de 90 % du Nil pour son approvisionnement en eau douce, considère le barrage comme une menace existentielle. Le Soudan, pour sa part, a exprimé des inquiétudes liées à la régulation des débits et à la sécurité du barrage.

Des années de négociations, souvent infructueuses, ont eu lieu sous l’égide de l’Union africaine, des États-Unis, et plus récemment des Émirats arabes unis. Le remplissage unilatéral du barrage par l’Éthiopie, sans accord tripartite contraignant, a attisé les tensions diplomatiques. À plusieurs reprises, l’Égypte a évoqué la possibilité de recours militaires, tandis que l’Éthiopie dénonçait une tentative de maintenir un statu quo historique déséquilibré hérité de l’époque coloniale.

Face à cette controverse persistante, le Premier ministre éthiopien a tenté d’apaiser les tensions. « Le barrage de la Renaissance ne constitue pas une menace, mais une opportunité commune », a-t-il affirmé devant les députés. Il a également invité les gouvernements et les peuples d’Égypte, du Soudan et de l’ensemble des pays du bassin du Nil à participer à l’inauguration du barrage prévue en septembre 2025.

Au-delà des rivalités hydropolitiques, le GERD marque une avancée majeure pour le développement énergétique de l’Afrique de l’Est. Il permettra à l’Éthiopie non seulement de sécuriser son approvisionnement domestique en électricité, mais aussi d’exporter vers ses voisins (Soudan, Kenya, Djibouti, Somalie) dans le cadre d’une stratégie régionale d’intégration énergétique. Ce projet monumental, financé par les Éthiopiens eux-mêmes, se veut le socle d’un nouveau modèle de développement endogène en Afrique.

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