A quelques mois de l’élection présidentielle d’octobre 2025, l’heure est au choix pour Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982. Entre « micmacs » pour une succession en interne et une probable prolongation de son bail, le nonagénaire se retrouve face à ses « dernières cartes ».
En réaction à la démobilisation gouvernementale qui pourrait découler de la vague de démissions de certains de ses membres issus de l’opposition, la présidence de la République opère un réarmement moral de ses troupes pour faire face aux chocs qui pourraient entrainer des secousses sociales pré et post-élection présidentielle prévue en octobre 2025. Sauf changement de dernière minute.
Depuis le 1er juillet 2025, « sur très hautes instructions du président Paul Biya », le ministre d’Etat, secrétaire général de la Présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, a engagé une série de rencontres avec les membres du gouvernement et les parlementaires des différentes Régions du pays. C’est ce que l’on a appris d’une publication émanant des services de communication de la Présidence de la République du Cameroun (PRC) qui circule dans les réseaux sociaux depuis le 30 juin 2025. Ces échanges se déroulent dans le cadre de « l’intensification des activités préparatoires à l’élection présidentielle de 2025 ».
Selon ce document, « l’objectif de ces rencontres est de définir des stratégies concertées et remobiliser les uns et les autres, en vue d’une victoire éclatante et sans bavure à l’issue du prochain scrutin présidentiel ». A la fin de ces rencontres, il est attendu « un compte rendu bien détaillé, pour la très haute attention du chef de l’Etat ». « Les recommandations contenues dans ce document serviront de boussole à plusieurs niveaux, à l’Agenda du président de la République en cette dernière ligne droite menant au scrutin présidentiel », peut-on lire dans cette publication devenue virale en quelques heures.
Préparation d’une transition politique
Dans les cercles politiques du Cameroun, l’on estime que « si le document en circulation est authentique, la probabilité est extrêmement élevée qu’on soit en pleine préparation d’une transition politique ouverte et inclusive à toutes les chapelles politiques ». Ainsi, pense un expert en communication politique, « le président Biya pourrait ne pas être candidat à la prochaine élection présidentielle qui pourrait survenir en 2026 ou en 2027 ». Ce temps de latence pourrait alors être mis à contribution pour la formation d’« un gouvernement inclusif d’ouverture et d’union nationale qui va gérer les affaires courantes en liaison avec les bailleurs de fonds et, sur le plan politique, pour travailler à la nouvelle constitution et à un nouveau code électoral ».
Les supputations sur « une révision de la constitution en août ou en septembre 2025 » vont bon train. Ce projet qu’on attribue au président Paul Biya viserait à « restaurer la limitation des mandats présidentiels qui pourraient demeurer à 7 ans renouvelable une fois ou même 5 ans renouvelable une fois ». Les auteurs des commentaires sur l’annonce de ces échanges qui se déroulent au Palais d’Etoudi sont convaincus que « le chef de l’Etat pourrait introduire une limite d’âge dans la constitution pour les candidats à l’élection présidentielle ». Ils parlent alors de « 70 ans ». Ce qui, même si ce serait suicidaire pour l’actuel président de la République, aurait pour conséquence la mise hors course de ses potentiels adversaires que sont le président de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), Bello Bouba Maïgari, celui du Front national pour le salut du Cameroun (FNSC), Issa Tchiroma Bakary et le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto, tous ayant dépassé les 70 ans.
Enfin, souffle une source au ministère de l’Administration territoriale (Minat), « à la suite du grand dialogue de septembre 2019, ces assises pourraient se pencher sur l’éventualité d’un fédéralisme à deux Etats fédérés, la partie anglophone d’un côté et la francophone de l’autre, sur fond de décentralisation dans chaque Etat fédéré ».
Vague de démissions
Ces assises se déroulent dans un contexte de démissions en cascade de certains membres du gouvernement, pour la plupart originaires du nord du pays qui a toujours été considéré comme « le vivier électoral de Paul Biya » mais qui, selon les données de l’Institut national de la statistique (INS), a un taux de pauvreté de 58,47%, supérieur au taux national qui est de 37,7%. Ces abdications sont le fait d’Issa Tchiroma Bakary du FNSC, ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, et de Bello Bouba Maïgari ainsi que de Nana Aboubakar, tous de l’UNDP, et respectivement ancien ministre d’Etat en charge du Tourisme et des Loisirs, et ministre délégué auprès du ministre de l’Environnement. Les deux derniers ont été lâchés par leur compagne de lutte, Rose Dibong, la secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Habitat, qui a refusé de démissionner car, dit-elle, « ce n’est pas l’UNDP qui a signé le décret me nommant à mon poste ».
Hormis ces démissions du gouvernement camerounais, le landerneau politique local est secoué par une vague de transhumance politique sur fond de surenchère pour légitimer des candidatures à cette élection présidentielle, qui ne seraient validées ni par Elections Cameroon (Elecam), l’organe en charge de l’organisation des élections au Cameroun, ni par le Conseil constitutionnel soupçonné de rouler pour le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), de Paul Biya.
Appréhensions des partenaires financiers
Dans un contexte où, selon la Banque mondiale, parmi la population économiquement active, le taux de pauvreté à 2,15 USD par jour était estimé à 23% en 2023 et le taux de chômage à 3,7% en raison de la faiblesse économique, le Cameroun est, selon les analystes, « un pays à risques à l’approche de la présidentielle d’octobre 2025 ». Cette image fonde les appréhensions des agences de notation telles que Fitch Ratings qui considèrent que le regain de l’économie camerounaise pourrait être obstrué par les secousses sociales consécutives à la tenue mais surtout à l’issue incertaine de cette consultation nationale.
