Lundi 2 novembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

,

Le Nigeria lance un nouveau cadre pour booster les recettes internes et alléger les charges des entreprises

En promulguant quatre lois fiscales majeures le 25 juin 2025, le président nigérian Bola Tinubu engage le pays dans une refonte structurelle de sa politique de mobilisation des recettes publiques. Ces textes, salués par les milieux d’affaires et les économistes, visent à améliorer la collecte des impôts, réduire les distorsions réglementaires et stimuler la compétitivité…

Bola Tinubu, ici le 1er mars 2023 à Abuja, au Nigeria. © AP

En promulguant quatre lois fiscales majeures le 25 juin 2025, le président nigérian Bola Tinubu engage le pays dans une refonte structurelle de sa politique de mobilisation des recettes publiques. Ces textes, salués par les milieux d’affaires et les économistes, visent à améliorer la collecte des impôts, réduire les distorsions réglementaires et stimuler la compétitivité économique d’un pays en proie à une grave crise de financement budgétaire.

Le Nigeria Tax Bill (Ease of Doing Business) rationalise le système fiscal en réduisant la multiplicité des taxes et les chevauchements administratifs qui pénalisent jusqu’ici la création d’entreprise et alourdissaient les coûts de conformité. « Ce projet de loi va simplifier les démarches pour les contribuables et apporter davantage de prévisibilité, un facteur clé pour les investisseurs locaux et internationaux », a souligné la présidence.

Le Nigeria Tax Administration Bill introduit un cadre unique de coordination entre le gouvernement fédéral, les 36 États et les autorités locales. Ce dispositif devrait limiter les pertes de recettes liées au manque de cohérence dans la perception des impôts et améliorer le rendement fiscal global.

Le Nigeria affiche en effet un ratio impôts/PIB d’environ 13,5 %, nettement inférieur à la moyenne africaine estimée à 16 %. Ce déficit de mobilisation fiscale est l’un des principaux facteurs de vulnérabilité budgétaire, dans un contexte de dépendance persistante aux recettes pétrolières.

La création du National Revenue Service (NRS), qui remplacera le Federal Inland Revenue Service (FIRS), constitue l’un des volets les plus ambitieux de la réforme. Doté d’un mandat élargi incluant la collecte des recettes non fiscales et d’une autonomie renforcée, le NRS devra relever le défi d’élargir la base d’imposition tout en garantissant transparence et efficacité.

« Ce délai de six mois avant l’entrée en vigueur au 1er janvier 2026 est essentiel pour aligner le dispositif sur le calendrier budgétaire et former les administrations », a expliqué Zacch Adedeji, qui dirige le NRS.

La loi créant le Joint Revenue Board instaure par ailleurs une plateforme de gouvernance fiscale intergouvernementale et introduit de nouveaux mécanismes de recours, tels qu’un tribunal fiscal et un médiateur fiscal. Objectif : renforcer la confiance des entreprises et réduire l’incertitude juridique.

Ces réformes interviennent alors que le Nigeria traverse une profonde crise économique. La suppression des subventions aux carburants et la libéralisation du taux de change ont entraîné une inflation record et une chute du pouvoir d’achat, mais elles étaient jugées indispensables pour stabiliser les finances publiques et assainir le cadre macroéconomique.

Pour de nombreux analystes, ce nouveau régime fiscal est aussi une réponse aux préoccupations des investisseurs étrangers, qui déploraient la complexité et l’opacité du système.

Si le gouvernement atteint ses objectifs, la réforme devrait accroître la part des revenus fiscaux dans le budget, réduire la dépendance aux hydrocarbures et poser les bases d’une croissance plus soutenable. Mais le succès dépendra aussi de l’efficacité avec laquelle ces ressources seront utilisées.

 La question centrale reste celle de la gouvernance : il ne suffit pas d’augmenter les recettes. Il faut aussi démontrer que les fonds serviront réellement à financer l’infrastructure, la santé et l’éducation .

Le Nigeria mise ainsi sur une refonte fiscale comme levier stratégique pour restaurer la confiance des marchés et dégager de nouvelles marges budgétaires. Les prochains mois seront déterminants pour vérifier la capacité de l’administration à déployer cette réforme sans créer de nouvelles distorsions.

Financial Afrik Premium