La désignation d’Alassane Ouattara ce 22 juin 2025 pour un quatrième mandat présidentiel s’inscrit dans une stratégie de continuité politique du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix
(RHDP), mais soulève également des interrogations sur l’alternance démocratique en Côte d’Ivoire. À 83 ans, le président sortant semble miser sur son aura de « père de la stabilité », dans une sous-région ouest-africaine en pleine recomposition politique et sécuritaire.
Face aux recompositions institutionnelles engagées dans l’espace sahélien, le cas ivoirien apparaît comme une exception de stabilité relative. Tandis que l’Alliance des États du Sahel (AES) — regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger — s’écarte du cadre communautaire de la CEDEAO au profit de régimes militaires et souverainistes, Abidjan cherche à s’ériger en pôle de stabilité, respectueux des institutions, même si la notion d’alternance reste discutée.
Ce positionnement contraste également avec le Sénégal, où le nouveau président Bassirou Diomaye Faye, issu d’un mouvement réformateur porté au pouvoir en mars 2024, symbolise une alternance générationnelle et politique pacifique, saluée à l’international. De même, au Bénin, la gouvernance de Patrice Talon, qui vient d’annoncer qu’il ne briguera un troisième mandat, s’inscrit dans une trajectoire de modernisation de l’appareil d’État avec un renouvellement progressif des élites.
Dans ce contexte, la candidature d’Ouattara illustre à la fois la volonté d’endiguer les dynamiques de rupture qui bousculent la sous-région, mais aussi une forme d’immobilisme stratégique, où le pouvoir reste concentré entre les mains d’un cercle restreint.
Des performances économiques indéniables
Sur le plan économique, le choix d’Alassane Ouattara vise à prolonger une trajectoire de croissance solide, amorcée depuis la fin de la crise post-électorale de 2011. L’économie ivoirienne, pilier de l’UEMOA, reste l’une des plus dynamiques d’Afrique subsaharienne, avec une croissance projetée à plus de 6,5 % en 2025, portée par des investissements structurants et une stratégie industrielle ambitieuse.
Dans un environnement régional de plus en plus fragmenté — avec des États de l’AES confrontés à la désintégration de leurs économies formelles, des sanctions, ou à l’isolement diplomatique — la Côte d’Ivoire apparaît comme un refuge pour les capitaux étrangers et les grands projets d’infrastructures panafricains. Le leadership économique ivoirien s’est d’ailleurs renforcé dans les instances régionales.
Cette situation confère à Abidjan un rôle stratégique renforcé dans l’architecture économique ouest-africaine, d’autant plus que le Sénégal, malgré une alternance politique réussie, est engagé dans une phase de transition institutionnelle et d’orientation économique encore objet de négociation notamment avec le FMI. En somme, pour de nombreux investisseurs, la reconduction d’Ouattara représente une forme de continuité rassurante, en contraste avec les incertitudes qui pèsent sur ses voisins.
Dans un contexte régional bousculé entre ruptures militaires au Sahel, réformes démocratiques à Dakar, et ambitions libérales à Cotonou, la Côte d’Ivoire fait le pari de la stabilité par le maintien de l’ordre établi. Le choix d’Alassane Ouattara reflète un équilibre complexe entre gestion prudente, capital d’expérience, et absence de renouvellement. Si ce positionnement séduit les marchés à court terme, il reporte néanmoins des réformes profondes et pose la question centrale : la stabilité politique peut-elle encore se passer de l’alternance démocratique ?
