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Maroc, OCP Nutricrops ou la privatisation avortée d’un fleuron…

Au Maroc, un vent de recul souffle sur ce qui devait être un tournant : l’ouverture du capital d’OCP Nutricrops. Initialement pensée comme le fer de lance d’une nouvelle phase de développement par appel au marché, cette filiale phare du géant phosphatier ne connaîtra finalement pas la privatisation escomptée. Le projet a été discrètement enterré,…

Au Maroc, un vent de recul souffle sur ce qui devait être un tournant : l’ouverture du capital d’OCP Nutricrops. Initialement pensée comme le fer de lance d’une nouvelle phase de développement par appel au marché, cette filiale phare du géant phosphatier ne connaîtra finalement pas la privatisation escomptée. Le projet a été discrètement enterré, sans communiqué officiel, mais avec une série de signaux qui, mis bout à bout, dessinent les contours d’un repli stratégique sous pression.

Mostafa Terrab rattrapé par les conservatismes

À l’origine, l’idée était ambitieuse, presque audacieuse dans le paysage marocain : injecter près de 30 milliards de dirhams (environ 3 milliards de dollars) d’actifs dans une entité spécialisée – OCP Nutricrops – puis ouvrir son capital aux investisseurs, voire à la Bourse. À la manœuvre, un Mostafa Terrab en chef d’orchestre visionnaire, convaincu que l’avenir d’OCP passait par une restructuration autour de Business Units autonomes et agiles.

Mais voilà : le Maroc officiel n’était pas prêt à suivre l’emblématique PDG diplômé de MIT. Très vite, l’option de privatisation partielle a cristallisé les tensions et semé la discorde et divisé le conseil d’administration . Certains y voyaient une dilution insidieuse du contrôle de l’État sur une manne stratégique, d’autres dénonçaient un processus opaque, dicté par les logiques d’ingénierie financière plus que par une volonté de transparence. En coulisses, les lobbys se sont mis en branle, oscillant entre patriotisme économique et calculs d’influence.

Résultat : la marche arrière est nette. Fini l’ouverture du capital, place à la création d’un nouveau véhicule financier interne, sobrement baptisé OCP Finance. L’objectif ? Lever des fonds sans céder la moindre parcelle du capital de Nutricrops.

Une restructuration masquée sous des chiffres éclatants

Dans le fond, le Groupe OCP affiche une santé de fer. Résultat net en hausse à 20,47 milliards de dirhams, chiffre d’affaires consolidé à 97 milliards, EBITDA en progression de 33 %, et des levées de fonds spectaculaires : 2 milliards de dollars en mai 2024, 300 millions en février 2025, plus 5 de milliards de dirhams au plan domestique. Le groupe avance, certes, mais avec des divergences de fond entre un management porté sur l’ouverture et l’internationalisation et des lobbys conservateurs effrayés par la perspective d’une perte même partielle d’un actif stratégique..

Le choix du carve-out de Nutricrops, avec ses 33,6 milliards de dirhams d’actifs transférés, est emblématique d’un changement de stratégie : désengagement partiel sans visibilité externe. On transfère, on isole, on cloisonne. Le multi-business model est discrètement remisé. Plus de pilotage décentralisé, mais un retour au contrôle centralisé.

Un silence assourdissant sur la gouvernance

Pourquoi une telle volte-face ? Pourquoi cette absence de communication ? Pourquoi un tel flou sur la gouvernance de la nouvelle entité OCP Finance ? Les questions s’accumulent. Des observateurs évoquent des tensions avec le ministère des Finances. D’autres évoquent une inquiétude à Rabat face à une ouverture qui aurait pu susciter des appétits étrangers, notamment du Golfe. Ironie du sort : c’est pourtant avec QatarEnergy qu’OCP Nutricrops a signé un contrat clé de 7,5 millions de tonnes de soufre sur dix ans. L’ouverture, oui, mais pas à domicile ?

Une expansion industrielle… sous surveillance.

OCP Nutricrops reste un outil industriel majeur. Son objectif de porter ses capacités de production à 9 millions de tonnes d’ici 2028 est maintenu. Les investissements explosent (43,6 milliards de dirhams en 2024 contre 26,8 en 2023), et la conquête internationale s’intensifie, notamment en Amérique latine et en Europe.

Mais derrière cette réussite opérationnelle, l’ambiguïté persiste. Le groupe avance, mais les principes de transparence, de gouvernance ouverte et de débat public restent les grands absents.

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