À la veille de l’ouverture des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), prévues du 27 au 31 mai à Abidjan, Akinwumi Adesina a tenu son traditionnel petit-déjeuner avec les médias, exercice désormais rituel où le président sortant livre, sans notes et souvent sans filtre, sa lecture du bilan décennal à la tête de l’institution.
Au cœur de son propos : les deux augmentations de capital jugées « historiques », qui ont porté le capital autorisé de la banque de 93 milliards à 318 milliards de dollars. Une performance « record », selon Adesina, qui souligne la mobilisation unanime des actionnaires. « Tous nos partenaires ont respecté leurs engagements. Nous n’avons aucun problème à signaler à ce jour », a-t-il affirmé.
Mais derrière cette expansion affichée du capital, le débat reste entier sur son effectivité. Interrogé par Financial Afrik sur la réelle incidence de cette capitalisation sur les approbations et surtout les décaissements – indicateur central de l’impact opérationnel de la BAD – Adesina a botté en touche. Il s’est contenté d’assurer que les décaissements n’avaient jamais été aussi élevés depuis la création de l’institution en 1964.
Selon nos informations, toutefois, le capital effectivement libéré par les États actionnaires ne dépasserait pas les 50 milliards de dollars à ce jour, loin des 318 milliards avancés. Une situation qui pose la question d’un possible effet d’optique ou d’un levier de communication, plus que d’un levier d’intervention réel.
Le prochain président, qui sera élu le 29 mai, devra faire de la mobilisation du capital libéré une priorité. Quant à son favori parmi les cinq candidats en lice, Akinwumi Adesina s’est montré évasif : « Mon candidat, c’est l’Afrique. » Une manière de clore, sans s’engager, une décennie de présidence dont le bilan reste à décortiquer.
