Intervenant à l’Unesco en ouverture de l’édition 2025 de la Semaine Africaine, le PDG de la banque d’affaires Algest s’est engagé à mobiliser 1 milliard de dollars pour booster les cinq piliers du programme de la Priorité Afrique. Un Forum international sera organisé en juin 2025 pour mobiliser ces ressources auprès des États, des institutions financières, des banques de développement et du secteur privé ; et tenter, ainsi, de combler les énormes déficits en matière d’éducation et de promotion du patrimoine auxquels le continent est confronté.
Par Christine Holzbauer, à Paris
Placée sous le thème « Solidarité mondiale pour la restitution et la restauration du patrimoine africain par le biais de la culture, de l’éducation et des sciences », l’édition 2025 de la semaine africaine s’est vue gratifiée d’une belle promesse. Celle de l’organisation, dès le mois de juin 2025, sous la houlette de la banque d’affaires Algest basée à Paris, Abidjan et Brazzaville, d’un « Forum Initiative Financement Priorité Afrique » visant à mobiliser 1 milliard de dollars pour booster les cinq programmes phares de la Priorité Afrique de l’Unesco (2022-2029). Pour rappel, il s’agit de « Campus Afrique », « Histoire Générale de l’Afrique », « Patrimoine Culturel », « Nouvelles technologies » et « Science et innovation.
Or, comme l’a rappelé le PDG d’Algest, Ibrahim Magassa, les besoins dans ces secteurs sont énormes : « en 2050, l’Afrique va représenter un potentiel de 3 milliards d’habitants, 29 000 milliards de dollars de PIB, 50% de sa population vivant en zone urbaine et 35% des jeunes du monde entier. Notre continent présente cependant, actuellement, un déficit de 77 Milliards de dollars dans l’éducation, un besoin de 15 millions d’enseignants et seulement 9% d’accès à l’éducation doublée de conflits avec un accès limité aux évolutions scientifiques et un vaste patrimoine à sauvegarder », a-t-il déclaré lundi 19 mai, au siège de l’organisation à Paris, devant la Présidente du Comité Exécutif de l’Unesco, le Conseil du Groupe Afrique, incluant 58 ambassadeurs, la Première dame du Zimbabwé, Dr. Auxillia Mnangagwa ainsi qu’un parterre de ministres et d’invités prestigieux, présents pour l’ouverture de la semaine africaine.
Une initiative du Groupe Afrique
Sous la houlette de la Délégation Permanente de la Côte d’Ivoire à l’Unesco, qui œuvre au sein du Groupe Afrique aux côtés de l’Afrique du Sud, du Maroc, du Nigéria et du Rwanda, des séances de travail sur les perspectives de renforcement du financement de la Priorité Afrique, « ont eu lieu ces dernières semaines », a révélé le banquier et économiste franco-ivoirien de 44 ans. Avant de déclarer solennellement : « j’assure au nom de notre institution financière le Groupe Afrique de notre plein engagement à leur côté pour renforcer la mobilisation et la sensibilisation des acteurs financiers et bailleurs de fonds internationaux, aux enjeux et aux causes hautement importantes de la Priorité Afrique. » Celle-ci reste, pour lui, le meilleur garant d’un développement harmonieux du continent, « tout en servant les causes les plus nobles de notre temps que sont l’éducation, la science, la culture, le patrimoine et la paix », a-t-il insisté.
Connu -jusque-là- pour avoir réalisé plusieurs dizaines de milliards de dollars de financements et de restructurations de dette sur les marchés financiers internationaux pour le compte de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale, ce diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris et de Harvard Business School n’oublie pas d’où il vient. En Côte d’Ivoire, son pays d’origine, « où plus de 35 000 salles de classe ont été construites en l’espace de dix ans sous la présidence d’Alassane Ouattara », souligne-t-il, sa banque d’affaires a accompagné des projets majeurs tels que le troisième pont d’Abidjan, les premiers avions d’Air Côte d’Ivoire, 7 000 km de fibre optique, le logement social, ainsi que divers projets stratégiques d’infrastructures. « Sans l’Unesco, je ne serais pas là aujourd’hui, a déclaré Ibrahim Magassa, évoquant son école primaire publique de Grand-Bassam, réhabilitée dans les années 1980 grâce à un programme de l’organisation onusienne. C’est là que tout a commencé pour moi ! », a-t-il confié devant un auditoire captivé.
L’exemple des vaccins
Face aux défis multiples et sans cesse croissants auxquels, le monde fait face depuis la crise immobilière, la crise pétrolière, les faillites des grandes banques, la crise coronavirus, la guerre en Ukraine, il estime que les enjeux portés par le Groupe Afrique, -actuellement présidé par l’ambassadeur sud-africain auprès de l’Unesco, Dr. Philemon Mjwara-, « doivent être renforcés et soutenus par tous les acteurs financiers et bailleurs dans le monde au travers de grandes actions de sensibilisation. » Pour ce faire, il préconise de s’inspirer du Forum mondial pour la souveraineté et l’innovation vaccinales qui s’était tenu à Paris, le 20 juin 2024, à l’initiative de la France, de l’Union Africaine et de Gavi. Des engagements d’un montant de 1,2 milliards de dollars avaient, ainsi, pu être annoncés afin de soutenir la production locale de vaccins en Afrique.
Sur le modèle de ce Forum qui avait réuni des Chefs d’État, des ministres de la Santé, des représentants de l’OMS, des industriels et des chercheurs du monde entier, il propose de lancer, -dès le mois de juin 2025-, l’organisation d’un vaste Forum Initiative Financement Priorité Afrique afin de mobiliser des fonds à hauteur de 1 milliard de dollars pour mieux financer les cinq programmes de la Priorité Afrique de l’Unesco. La banque d’affaire Algest, pour sa part, mettra son know how à contribution en mobilisant sur le continent et ailleurs tous les bailleurs de fonds et les institutions financières tels que la Banque Africaine de Développement, la Banque Mondiale, l’Agence Française de Développement, Afreximbank, la BID, la BADEA, la BOAD, la BDEAC, UBA Group, AFG Bank, BGFI, Ecobank, et d’autres, a-t-il encore précisé.
Les ICC, nouveau gisement de l’Afrique ?
A un moment où la relance des industries culturelles et créatives (ICC) fait couler beaucoup d’encre, -sans que l’on n’en voie pour l’instant les retombées-, cette initiative a le mérite de fédérer toutes les bonnes volontés sous l’égide de l’Unesco. En plus de redonner de la force et de la visibilité à l’agence onusienne qui va élire un nouveau directeur à l’automne, elle pourrait aussi, comme l’affirme le président de Bloomfield Corporation, Stan Zeze Bayard, permettre à l’Afrique de capitaliser sur le côté économique de ce gigantesque potentiel de création de richesse, de valeur et d’emplois. « L’économie culturelle ne semble pas être une priorité pour l’Afrique alors que c’est un secteur dans lequel elle pourrait dominer facilement le monde entier avec une bonne organisation et une bonne structuration. Bloomfield a consacré un panel lors de la 8ème édition du risque pays Côte d’ivoire à l’économie culturelle et nous continuerons à encourager les Etats africains à regarder ce secteur comme une vraie priorité », a-t-il commenté sur son compte LinkedIn depuis le siège de l’Unesco à Paris.
Les choses, toutefois, commencent à bouger. La Banque africaine d’Import-Export (Afreximbank), à travers son Fonds pour le développement des exportations en Afrique (FEDA) a annoncé, le 7 mai, le lancement de l’Africa Film Fund, un fonds africain de capital-investissement d’un milliard de dollars pour le développement de l’industrie cinématographique et créative africaine. Ce fonds vise à lever les barrières auxquelles l’industrie fait face, notamment le manque de ressources pour la production et la post-production, l’insuffisance d’infrastructures de distribution, ainsi qu’un accès limité aux plateformes de distribution mondiales. L’objectif étant, selon un communiqué d’Afreximbank, de « fournir aux cinéastes africains les ressources nécessaires pour produire des contenus de classe mondiale capables de résonner à l’international. »
De son côté, la Banque centrale du Nigéria, en collaboration avec le Comité des banquiers, a mis en place une Initiative de financement des industries créatives (CIFI) pour stimuler la création d’emplois au Nigéria, notamment chez les jeunes. Les secteurs concernés pour bénéficier de ces financements sont la mode, les technologies de l’information, la télévision, le cinéma, la production cinématographique, la distribution cinématographique, la musique et les agences de création qui les soutiennent ou bien il faut être étudiant en génie logiciel. D’autres initiatives pour former les jeunes créateurs africains, initiées par l’AFD, sont en cours. La BAD, selon des informations obtenues par Financial Afrik, devrait bientôt lancer une grande étude à l’échelle du continent pour évaluer les besoins en matière de développement des ICC afin qu’elles prennent leur envol et deviennent un levier pour faire décoller l’Afrique.




