CHRONIQUE – Venu défendre la démocratie sud-africaine face aux accusations de « génocide blanc » brandies par Donald Trump, Cyril Ramaphosa a offert au Bureau ovale une leçon de sang-froid, de faits… et d’ironie bien placée.
Washington, 21 mai. Assis dans son fauteuil du Bureau ovale, Donald Trump feuillette ses notes, brandit des coupures de presse, des extraits vidéo, et balance sa théorie : en Afrique du Sud, les fermiers blancs seraient victimes d’un « génocide » passé sous silence. Et il le dit, à sa manière :
« L’apartheid, terrible. C’était la grande histoire, tout le monde en parlait. Ce qui se passe maintenant, c’est un peu l’inverse. Et personne n’en parle. »
Il montre une vidéo de Julius Malema, leader du parti radical Economic Freedom Fighters (EFF), chantant Shoot the Boer devant un stade comble.
« Pourquoi ne pas arrêter cet homme ? Ce stade peut contenir 100 000 personnes, et je n’ai vu presque aucun siège vide. »
Cyril Ramaphosa, lui, ne bouge pas.
« Ce que vous avez vu, ces discours, ce n’est pas la politique du gouvernement. Notre politique est complètement, complètement opposée à ce que dit Malema. »
Et pour illustrer ses propos, il désigne calmement trois figures sud-africaines blanches de sa délégation :
John Steenhuisen, ministre de l’Agriculture et chef du Democratic Alliance ; Ernie Els et Retief Goosen, golfeurs de renom.
« S’il y avait un génocide, ces hommes ne seraient pas là. »
Puis il frappe là où ça fait mal :
« Désolé, Monsieur le Président, je n’ai pas un avion à vous offrir. »
Pointe d’ironie, référence directe au Qatar qui aurait offert un avion présidentiel à Trump. Ramaphosa, lui, offre des faits.
Il prend soin de remercier les États-Unis pour l’aide apportée pendant la pandémie — notamment l’envoi de respirateurs en 2020 — tout en maintenant sa ligne : la démocratie sud-africaine est sous pression, mais elle tient.
Zingiswa Losi, présidente de COSATU, prend la parole :
« L’Afrique du Sud est une nation violente. Et ce sont les Noirs qui en sont les principales victimes. »
« Dans les zones rurales, des femmes âgées sont violées, des enfants sont tués. Ce n’est pas une question de race, c’est une question de criminalité. »
Johann Rupert, milliardaire afrikaner, complète le tableau :
« Les meurtres les plus nombreux se produisent dans les townships de Cape Town, et les victimes sont majoritairement noires ou métisses. »
John Steenhuisen, lui, rappelle l’enjeu politique :
« Ce gouvernement a été formé pour empêcher l’EFF d’entrer au pouvoir. Nous avons besoin du soutien de nos alliés pour renforcer l’économie et protéger nos institutions. »
Dans la pièce, Elon Musk, sud-africain d’origine, observe la scène depuis le côté des invités. Silencieux, attentif.
Pendant ce temps, certains Afrikaners se sentent toujours en insécurité. Une soixantaine ont obtenu le statut de réfugié politique aux États-Unis. En février, on pouvait lire devant l’ambassade américaine à Pretoria :
« Make South Africa Great Again ».
Mais Ramaphosa n’est pas venu pour vendre une image. Il est venu rappeler une réalité :
« Notre défi n’est pas de nourrir la peur, mais de construire une société juste. »
Et il l’a fait, sans colère, sans excès. Juste avec une phrase.
« Je n’ai pas d’avion à vous offrir. »
En définitive, Ramaphosa, lui, refuse le jeu des extrêmes : ni Malema et ses provocations incendiaires, ni les nostalgiques d’un passé révolu. Il se revendique de Nelson Mandela, artisan de la réconciliation.
« Notre défi n’est pas de nourrir la peur, mais de bâtir une société juste. »
Et pour cela, il a en quelques sorte demandé au puissant Donald Trump de pas prendre la complexité pour du chaos.
