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Sommet Choose France : Des patrons africains à Versailles, pour quoi faire ?

Emmanuel Macron a tenu à recevoir un groupe de PDG nigérians lors de la 8ème édition du Sommet Choose France qui a eu lieu, comme chaque année, dans le cadre prestigieux du Palais de Versailles. Une rencontre bilatérale à huis clos qui suscite de nombreuses questions. Financial Afrik a enquêté.  Par Christine Holzbauer, envoyée spéciale…

Image d'archives. Le président du groupe Dangote, Aliko Dangote (à gauche), posant aux côtés du président français Emmanuel Macron (à droite) avant une réunion dans le cadre de la deuxième édition du sommet « Choose France », le 21 janvier 2019 à Versailles.

Emmanuel Macron a tenu à recevoir un groupe de PDG nigérians lors de la 8ème édition du Sommet Choose France qui a eu lieu, comme chaque année, dans le cadre prestigieux du Palais de Versailles. Une rencontre bilatérale à huis clos qui suscite de nombreuses questions. Financial Afrik a enquêté. 

Par Christine Holzbauer, envoyée spéciale

L’attractivité de la France serait-elle devenue tellement importante que même les patrons africains seraient prêts à y investir ? Lors de la huitième édition annuelle du Sommet Choose France, destiné à attirer les investissements étrangers dans l’Hexagone, une rencontre bilatérale commune avec un groupe de CEO nigérians, parmi lesquels Aigboje Aig-Imoukhued, CEO d’Access Bank, Aliko Dangote, CEO de Dangote, John Soumantaros, CEO de Flour Mills Nigeria, Jim Ovia, CEO de Zenith Bank et Gilbert Chagoury, en présence de Jean Haas, a soulevé de nombreuses questions. 

Pourquoi, en effet, recevoir -ne fût-ce qu’une demi-heure en fin de journée-, ce lundi 19 mai, dans le cadre majestueux du Palais de Versailles, un petit groupe de patrons africains, dont les investissements en France sont considérés comme marginaux, voire inexistants. Car, hormis ces Happy Few africains, seule l’Asie, cette année, avait le vent en poupe avec un focus sur les patrons… coréens !  Parmi les quelques 200 dirigeants d’entreprises qui ont fait le déplacement, les patrons européens et américains ont, -comme à l’habitude-, représenté la plus grande cohorte des investisseurs étrangers en France. Et ce sont d’ailleurs, eux, qui y développent les plus gros projets sous forme de rachats d’entreprises ou d’implantations. 

Un patron algérien repreneur

Depuis son lancement en 2018, ce sommet Choose France, initialement positionné en amont du Forum de Davos, s’est imposé comme un rendez-vous économique annuel incontournable pour l’ensemble des industriels, investisseurs et autres milliardaires à travers le monde. Certes, l’Elysée peut se targuer d’offrir du temps de qualité aux CEO étrangers afin qu’ils puissent exposer de vive voix leurs projets d’investissement aux décideurs français – Président et ministres inclus. « L’objectif quand on lance cette invitation, c’est de faire venir les patrons dont on sait qu’ils ont des projets d’investissements dans leurs cartons et que l’on souhaite influer pour les convaincre de localiser leurs investissements en France » explique un collaborateur de l’Elysée. 

Toutefois, comme le rappelle Etienne Giros, président du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN), des rachats d’entreprises françaises par des investisseurs africains sont extrêmement rares. Il cite l’exemple de Cevital, fondé par le riche homme d’affaires algérien Issad Rebrab, qui a fait une offre, -conjointement avec un groupe français-, pour le rachat de l’entreprise Lapeyre spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de menuiseries, ainsi que d’autres matériaux et fournitures pour l’aménagement de la maison. « Les entreprises africaines capables de développer des investissements d’envergure dans l’Hexagone sont rares. Elles se contentent dans leur grande majorité de bureaux de liaison pour régler les problèmes d’import/export. », commente-t-il. 

Le cas des banques

Pour Benoît Chervalier, banquier d’affaires et Président Afrique de Business Europe, la question n’est pas de savoir si l’Afrique est prête à investir en France, mais si l’investissement d’une entreprise d’un pays africain donné correspond à une « logique business » pour elle de s’implanter en France. « Les investissements doivent répondre à une logique à la fois financière et stratégique », insiste-t-il. Dans le cas des banques, il s’agit, selon lui, de la « pertinence de la place financière de Paris » et de son accès au marché européen et aux entreprises européennes opérant sur le continent ; dans le domaine scientifique, il s’agit « de la qualité des formations de haut niveau » et des écosystèmes qui peuvent attirer les investisseurs. Et d’ajouter : « l’internationalisation des entreprises africaines est fondamentale et le développement d’investissements directs étrangers, dans ce sens, est plutôt une très bonne nouvelle. »

Si le Nigérian Aigboje Aig-Imoukhued a décidé d’ouvrir une filiale d’Access Bank à Paris, alors qu’il n’était implanté pour l’instant qu’à Londres, c’est pour satisfaire les besoins récurrents de sa clientèle en termes d’accès à des biens immobiliers de prestige. Comme il l’avait confié en décembre dernier à Financial Afrik, Access Bank a décidé, par ailleurs, de miser sur les industries culturelles et, notamment, le cinéma, qui était l’un des points forts de Sommet Choose Africa. Le Président Macron veut, en effet, faire de Paris un nouveau hub de la production cinématographique mondiale. Au moment où, -pour la première dans l’histoire du Festival de Cannes-, un film nigérian a été sélectionné dans la compétition officielle, il y a sans doute là de nombreuses coïncidences qui ne sauraient rester fortuites ! 

Des annonces spectaculaires

En attendant, ce sont 40,8 milliards d’euros d’investissements directs étrangers (IDE) qui ont été annoncés pour cette édition 2025 de Choose France, dont 20 milliards « totalement nouveaux » dans des domaines aussi divers que l’économie circulaire, les terres rares, la mobilité, le numérique ou encore la logistique et le tourisme. De sources élyséennes, « ces investissements témoignent de la dynamique d’attractivité et de réindustrialisation en cours » en France. Même si, selon le baromètre annuel du cabinet EY rendu public le 15 mai, les investissements étrangers en France en 2024 sont au plus bas depuis 2017 (à l’exception de l’année du début du Covid, en 2020), avec 1 025 projets recensés. C’est un recul de 14 % par rapport à 2023 et de presque 20 % par rapport à 2022 et 2021.  La France reste néanmoins le premier pays d’Europe pour les IDE en nombre, suivie du Royaume-Uni (853, − 13 % par rapport à 2023) et de l’Allemagne (608, − 17 %).

Pas de quoi, toutefois, doucher la satisfaction du Président français. La précédente édition de Choose France avait permis de réunir 15 milliards d’euros de nouveaux projets financés dans le cadre des IDE, mais celle-ci constitue un nouveau « record », s’est-il réjoui dans son discours de clôture à Versailles. L’autre moitié des 40,8 milliards d’euros recensés concernent des projets figurant dans l’enveloppe globale présentée lors du Sommet sur l’Intelligence artificielle de Paris, en février dernier. « Il s’agit d’un investissement considérable débloqué en peu de temps qui démontre, s’il en était besoin, de la réelle compression des délais pour des projets dans ce secteur stratégique », a commenté un collaborateur de l’Elysée. A l’Afrique, maintenant, à se mobiliser pour ne plus être seulement récipiendaire mais, également, acteur dans les flux d’investissements internationaux.

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