L’agence S&P Global Ratings a mis à jour, le 16 mai 2025, ses notations souveraines pour trois économies c du continent africain : le Rwanda (B+/B), l’Afrique du Sud (BB-/B en devises étrangères ; BB/B en monnaie locale) et le Nigeria (B-/B). Si les trois pays conservent leur note avec une perspective stable (sauf l’Afrique du Sud, qui garde une perspective positive), les fondamentaux divergent. Entre pressions sécuritaires, fragilité institutionnelle ou incertitudes politiques, ces notations révèlent les arbitrages complexes entre réformes économiques, contraintes budgétaires et instabilité régionale.
Rwanda : croissance soutenue, mais vulnérabilités externes élevées
Le maintien de la note B+/B pour Kigali reflète une économie en forte croissance, tirée par des investissements publics massifs et des réformes ciblées. Le gouvernement prévoit une croissance réelle de plus de 7 % en moyenne sur 2025-2028, soutenue par la construction de l’aéroport de Bugesera (2,6 milliards USD) et par des politiques d’adaptation climatique.
Mais les déficits jumeaux restent un point de fragilité : le déficit courant dépassera les 12 % du PIB en 2026, aggravé par les besoins d’importations liés aux infrastructures. La dette publique nette atteindra un pic à 74 % du PIB, avant une modération attendue. S&P souligne aussi la dépendance au financement concessionnel : 88 % de la dette extérieure est à taux préférentiel, mais toute détérioration du climat diplomatique pourrait compromettre ces flux.
Les tensions avec la RDC, notamment liées au M23, exposent le pays à un risque géopolitique latent qui pourrait affecter les flux de capitaux et l’investissement. Malgré cela, Kigali bénéficie d’un cadre institutionnel plus efficace que ses pairs, d’une stabilité macroéconomique solide et d’un engagement clair en faveur des réformes, soutenu par un partenariat renforcé avec le FMI.
Afrique du Sud : coalition sous tension, mais institutions solides
S&P maintient la note sud-africaine à BB-/B avec perspective positive, un signal rare sur le continent. Pretoria tire profit de la profondeur de ses marchés domestiques, d’une Banque centrale indépendante et d’une position de créancier net vis-à-vis de l’extérieur (65 % du PIB).
Le gouvernement d’union nationale (GNU), formé après les élections de 2024, reste fragile, tiraillé entre divergences sur la fiscalité (notamment sur la hausse contestée de la TVA) et un environnement international plus hostile. Les tarifs commerciaux imposés par les États-Unis, même suspendus temporairement, pèsent sur les perspectives exportatrices, notamment dans l’automobile.
La croissance devrait s’établir à 1,5 % en moyenne entre 2025 et 2028, bridée par les goulets d’étranglement logistiques, le chômage (33 %) et un niveau d’investissement public encore contraint. Toutefois, l’ambitieux programme « Operation Vulindlela 2.0 » vise à relancer les infrastructures, digitaliser l’économie et renforcer les partenariats public-privé.
Le déficit budgétaire moyen de 4 % du PIB, combiné à une dette nette de 80 % du PIB, représente un défi de consolidation, surtout avec les besoins persistants de soutien aux entreprises publiques comme Eskom ou Transnet. Mais la solidité des institutions sud-africaines et la flexibilité de la politique monétaire donnent une marge de manœuvre appréciable à Pretoria.
Nigeria : ajustements en cours, mais toujours au bord du gouffre
Le Nigeria conserve sa note B-/B avec une perspective stable. L’administration Tinubu a enclenché des réformes d’ampleur : libéralisation du taux de change, fin des subventions pétrolières, fiscalité modernisée. Résultat : un compte courant excédentaire de près de 10 % du PIB en 2024, et des réserves en hausse à 45 milliards USD projetés en 2028.
Mais ces avancées peinent à masquer une réalité structurelle : inflation élevée (25 %), faiblesse des recettes fiscales (environ 7 % du PIB), et un poids de la dette étrangère (50 % du total) qui fragilise la soutenabilité budgétaire. Le service de la dette absorbe près de 40 % des recettes, et la dette nette franchit le seuil des 53 % du PIB.
La croissance, attendue à 3,3 % en moyenne sur les quatre prochaines années, dépendra d’un redressement progressif du secteur pétrolier, d’une amélioration de l’administration fiscale, et d’une meilleure coordination institutionnelle. Or, le récent retard de paiement d’un coupon obligataire, même réglé dans le délai de grâce, alimente les doutes sur la capacité de gestion de l’État fédéral.
Enfin, la réforme bancaire reste un enjeu majeur : si les banques sont solides en capital, elles restent exposées à un risque de crédit accru dans un contexte de taux élevés et de dollarisation importante.
Tableau comparatif (2025)
| Indicateurs clés | Rwanda | Afrique du Sud | Nigeria |
|---|---|---|---|
| Notation S&P | B+/B | BB-/B (FX) | B-/B |
| Perspective | Stable | Positive | Stable |
| Croissance (2025-2028) | >7 % | 1,5 % | 3,3 % |
| Dette nette/PIB | 74 % | 80 % | 53 % |
| Inflation 2025 | 6,5 % | 3,5 % | 25 % |
| Déficit budgétaire | 4 % du PIB | 4 % du PIB | 4,3 % du PIB |
| Réserves de change | 2,8 Mds USD | Net créditeur ext. | 45 Mds USD (2028) |
Si le Rwanda conserve une dynamique de croissance unique sur le continent, ses fragilités externes et sécuritaires pèsent sur la stabilité de sa note. L’Afrique du Sud, malgré ses tensions politiques, bénéficie d’institutions solides qui soutiennent une perspective positive. En revanche, le Nigeria reste englué dans une spirale d’instabilité monétaire et budgétaire, malgré des réformes ambitieuses.
À court terme, les trois économies devront affronter des chocs externes croissants – hausse des taux mondiaux, pressions sécuritaires, tensions commerciales – tout en maintenant une trajectoire de consolidation fiscale et de réformes structurelles. La confiance des agences de notation restera suspendue à leur capacité à traduire les promesses en résultats tangibles.
