Elle misait sur une correction, il a provoqué un rebond. Valérie Yapo, figure contestée du PDCI-RDA, a tenté de shorter politiquement Tidjane Thiam, désigné à plus de 99% comme le candidat naturel du parti. L’audience du jeudi 15 mai à Abidjan a confirmé ce que certains analystes qualifient de stratégie spéculative mal calibrée : la plaignante est apparue fébrile, comme un opérateur pris dans une position à découvert sans couverture. Au lieu de liquider ses pertes, elle a renforcé son action judiciaire, espérant un retournement de tendance lors du délibéré prévu pour le 22 mai.
Cependant, ce pari à haut risque semble déjà compromis. L’élection de Tidjane Thiam — objet de la contestation — est devenue caduque suite à sa démission surprise en début de semaine. Une manœuvre assimilable à une sortie tactique sur stop-loss, qui a privé l’attaque de son fondement juridique. Réélu dans la foulée, l’ancien CEO de Crédit Suisse démontre une gestion politique inspirée des stratégies de retournement de tendance, tout en restant exposé à une volatilité interne élevée. En effet, les turbulences proviennent d’abord de son propre camp, où les intentions d’investissement — comprendre ici les loyautés politiques — restent opacifiées comme des portefeuilles non déclarés avant une OPA.
Une contestation fondée sur la nationalité, comparée à un délit d’initié
Le cœur du litige repose sur l’exclusion temporaire de Valérie Yapo par le conseil de discipline du parti. Elle remet en cause la validité juridique du congrès du 22 décembre 2023 et, par extension, des décisions prises depuis. Son principal argument : Tidjane Thiam n’était pas éligible à la présidence du parti au motif qu’il aurait perdu sa nationalité ivoirienne — condition statutaire impérative — pour cause d’acquisition d’une autre nationalité.
L’accusation, qui s’appuie sur l’article 48 du Code de la nationalité, peut être comparée à une allégation de délit d’initié politique : elle insinue que Tidjane Thiam aurait opéré une manœuvre institutionnelle tout en dissimulant une information juridique substantielle — sa qualité de national. Pourtant, la « certification d’identité politique » en Côte d’Ivoire, comparable à un Certificat d’Appartenance Politique (CAP), est le document de référence octroyant à tout citoyen le droit d’exercer dans la sphère élective — comme un trader agréé sur un marché réglementé.
La défense, quant à elle, insiste sur le fait que seules les autorités judiciaires — en l’occurrence le procureur de la République — sont habilitées à statuer sur la nationalité d’un individu, ce qui vide de sa substance l’offensive juridique. De plus, avec la démission de Tidjane Thiam, l’actif contesté est sorti du portefeuille de litiges, rendant la procédure obsolète. « Toutes les demandes sont sans objet », rappellent ses avocats.
Le parquet a communiqué ses réquisitions par écrit, sans les rendre publiques à l’audience, laissant le marché politiquedans l’expectative. L’affaire est mise en délibéré pour le jeudi 22 mai. D’ici là, les observateurs oscillent entre deux scénarios : celui d’une liquidation pure et simple des ambitions de Valérie Yapo, perçue comme la Madoff ou la Kerviel du jeu politique, ou celui d’un retournement inopiné, comme seul le marché des équilibres internes peut en produire.
