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L’Afrique doit construire ses propres rails de paiement

Par Serge Adingni, Directeur Général Adjoint du GIM-UEMOA Structurer une souveraineté monétique constructive Quand un porteur de carte nigérian peut aujourd’hui retirer de l’argent à un guichet automatique dans l’un des huit pays de l’UEMOA, ce n’est pas une simple avancée technologique. C’est un tournant. Jusqu’ici, l’écrasante majorité des paiements transfrontaliers sur le continent était…

Par Serge Adingni, Directeur Général Adjoint du GIM-UEMOA


Structurer une souveraineté monétique constructive

Quand un porteur de carte nigérian peut aujourd’hui retirer de l’argent à un guichet automatique dans l’un des huit pays de l’UEMOA, ce n’est pas une simple avancée technologique. C’est un tournant. Jusqu’ici, l’écrasante majorité des paiements transfrontaliers sur le continent était compensée à l’extérieur. En 2017, selon SWIFT, seuls 12 % des paiements intra-africains étaient traités localement, les autres transitant par des banques correspondantes situées hors d’Afrique. Cette dépendance coûte au continent environ 5 milliards de dollars chaque année en frais de change et d’intermédiation.

Ce n’est ni une anomalie, ni une faute. C’est le produit d’une histoire. Mais cette histoire peut — et doit — évoluer. Car elle freine notre intégration économique. Elle ralentit nos PME. Elle complique la tâche des fintechs africaines. Elle prive nos économies d’une partie de leur valeur, de leur contrôle et de leurs données.

C’est dans ce contexte que nous devons bâtir des infrastructures adaptées à nos réalités, interopérables, accessibles, et portées par des acteurs africains. Depuis plus de deux décennies, le GIM-UEMOA construit un socle solide dans les huit pays de l’Union. Avec plus de 4 000 guichets automatiques, 60 000 TPE et plus de 150 institutions connectées, nous avons prouvé que l’interopérabilité n’était pas un objectif abstrait, mais un standard atteignable. Le défi désormais est d’élargir ce socle, à l’échelle du continent.

Co-construire un écosystème panafricain interopérable

Le partenariat noué en 2025 avec Verve International — acteur majeur du Nigéria, avec 94 millions de cartes actives — marque une première concrète dans l’interconnexion de deux réseaux africains. Ce partenariat permet aujourd’hui aux porteurs de cartes Verve d’effectuer des retraits dans toute la zone UEMOA, et demain, aux titulaires de cartes GIM-UEMOA de faire de même au Nigéria et dans une vingtaine d’autres marchés africains.

Ce n’est pas un simple accord technique. C’est une démonstration. Celle qu’il est possible de connecter des réseaux africains à grande échelle, en toute sécurité, tout en respectant les normes existantes. C’est aussi la preuve qu’il existe une alternative crédible aux architectures dominantes — non pas dans une logique d’exclusion, mais de complémentarité stratégique.

D’autres connexions sont en préparation avec la CEMAC, le Maroc, la Mauritanie. Ensemble, elles annoncent l’émergence d’un système panafricain cohérent, en construction progressive. Cette architecture vise à intégrer l’ensemble des instruments de paiement — cartes, wallets, paiements instantanés, QR codes — dans un cadre interopérable, conçu pour répondre aux usages et contraintes africains. Elle offre une réponse concrète aux coûts encore trop élevés des transferts transfrontaliers, souvent compris entre 8 et 10 %. Elle constitue également un levier décisif pour l’inclusion financière, alors que plus de 45 % des adultes africains demeurent exclus des services formels, selon la Banque mondiale.

Passer du potentiel à la coalition

Ce chantier est immense. Et il dépasse les capacités d’un acteur unique. Il demande une coalition. Banques centrales, réseaux régionaux, fintechs, institutions publiques et privées : toutes ont un rôle à jouer. Ce que nous appelons de nos vœux, c’est une architecture de coopération, où chaque transaction entre Lagos, Abidjan ou Lomé  alimente un circuit africain de la valeur.

Le GIM-UEMOA est prêt à contribuer à cette vision. Ce que nous proposons, ce n’est pas une redondance. C’est une fondation. Une fondation technique, économique et politique sur laquelle les autres peuvent bâtir. Loin d’une logique de confrontation, nous croyons en une logique de renforcement. Car renforcer les capacités monétiques du continent, c’est améliorer la compétitivité de ses économies. C’est réduire les frictions. C’est mieux protéger ses flux, ses données, ses revenus.

Nous n’avons pas besoin d’attendre l’activation complète de la ZLECAf, ni l’arrivée de l’Eco, pour avancer. Les solutions existent. Les preuves aussi. La carte n’est plus une frontière. Le paiement n’est plus un luxe. Et la souveraineté n’est plus un concept abstrait.

Construire nos propres rails, ce n’est pas un geste symbolique. C’est un acte structurant. Un levier d’inclusion. Une garantie de résilience. Et une condition pour que l’intégration africaine devienne une réalité vécue, transaction après transaction.

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