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Afrique : pour une Banque mondiale en retrait du cockpit

Les ambitions renouvelées de la Banque mondiale, présentées lors de sa 111ᵉ réunion du Comité du développement à Washington, témoignent d’un tournant. Mais ce virage stratégique mérite d’être interrogé à l’aune des besoins réels du continent africain. Car si les intentions sont nobles, elles restent en-deçà des défis africains. Et surtout, elles reconduisent une logique…

Les ambitions renouvelées de la Banque mondiale, présentées lors de sa 111ᵉ réunion du Comité du développement à Washington, témoignent d’un tournant. Mais ce virage stratégique mérite d’être interrogé à l’aune des besoins réels du continent africain. Car si les intentions sont nobles, elles restent en-deçà des défis africains. Et surtout, elles reconduisent une logique directrice que beaucoup estiment aujourd’hui dépassée : celle d’une Banque mondiale qui, plus que de fournir le kérosène, continue de vouloir fixer le cap.

Prenons l’exemple emblématique de l’électrification. La Banque mondiale annonce fièrement sa « Mission 300 » visant à connecter 250 millions d’Africains à l’électricité. Une avancée, certes. Mais une ambition qui rate la cible. En réalité, ce sont plus de 600 millions de personnes qui vivent encore dans l’obscurité sur le continent. Le vrai défi n’est donc pas d’amener le courant à un quart du problème, mais bien d’éradiquer l’exclusion énergétique, sans fractionner les objectifs ni diluer les urgences.

De même, la Banque met l’accent sur la création d’emplois et la croissance inclusive. Louable. Mais encore faut-il laisser les États conduire eux-mêmes leur trajectoire de développement, au lieu d’en externaliser la conception à Washington. Les pays africains n’ont pas besoin d’un copilote à la manœuvre, mais d’un partenaire en soutien. Le rôle de la Banque devrait être celui d’un fournisseur de carburant (financier, technique, opérationnel), et non d’un commandant de bord substitutif. L’Afrique sait où elle veut aller, encore faut-il lui faire confiance.

Ajay Banga insiste sur l’importance d’un impact urgent. Très bien. Mais cet impact ne peut être atteint si les objectifs — même dits « transformationnels » — sont élaborés dans une logique descendante, avec des indicateurs conçus dans des bureaux climatisés, loin des réalités locales. Transformer en profondeur suppose un changement de posture. Le soutien de la Banque mondiale est crucial. Mais le leadership du développement doit revenir aux États eux-mêmes.

En matière de pauvreté également, le discours mérite d’être recadré. Il ne s’agit plus seulement de « réduire » la pauvreté. Le temps des demi-mesures est révolu. L’enjeu est désormais d’éradiquer la pauvreté, dans toutes ses dimensions, y compris énergétique, numérique, alimentaire, et sociale. Et cela passe par des plans holistiques, ancrés dans des stratégies souveraines.

L’Afrique ne demande pas moins de Banque mondiale. Elle demande une Banque mondiale mieux alignée, plus modeste dans ses prétentions stratégiques et plus audacieuse dans son soutien. Le continent n’a pas besoin d’un pilote additionnel. Il a besoin d’un mécanicien fiable, prêt à ravitailler, à réparer, à booster. Pas à reprendre les commandes du cockpit.

Alors oui, les temps changent. Mais pour que la promesse de transformation ne reste pas un slogan de plus, il faut changer les règles du jeu et les rôles de chacun. Et cela commence par écouter ce que les 600 millions d’Africains sans électricité auraient, eux aussi, à dire.

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