Niamey, 8 mai 2025 – Nouvelle montée de tension entre la junte nigérienne et le groupe français Orano. Les autorités de Niamey ont mené, le 5 mai, des perquisitions dans les bureaux des filiales locales d’Orano – Somaïr, Cominak et Orano Mining Niger – à Niamey. Le groupe nucléaire, spécialisé dans l’uranium, a fait part de sa « vive préoccupation » dans un communiqué, affirmant avoir perdu le contact avec son représentant local et ne plus pouvoir accéder à ses installations.
Ces événements surviennent dans un climat de rupture politique et économique entre le Niger et la France, sur fond de réorientation géostratégique du pays vers la Russie. Rosatom, le géant nucléaire russe, multiplie les contacts pour potentiellement remplacer l’opérateur historique français dans l’exploitation de l’uranium nigérien.
La dégradation des relations s’est matérialisée dès fin 2024, lorsque la junte militaire, arrivée au pouvoir en juillet 2023, a retiré à Orano le permis d’exploitation du gisement stratégique d’Imouraren, l’un des plus importants au monde avec des réserves estimées à 200 000 tonnes d’uranium. Depuis, le groupe français a lancé deux procédures d’arbitrage international, dénonçant notamment le blocage de 1 300 tonnes d’uranium sur le site de Somaïr, pour une valeur estimée à 250 millions d’euros.
Rappel des grandes étapes d’Orano au Niger :
- 1971 : Début de la production d’uranium au Niger avec la création de la SOMAÏR.
- 1974 : Création de la COMINAK, deuxième filiale active dans l’exploitation de l’uranium.
- 2006 : Découverte du gisement d’Imouraren, à environ 80 km au sud d’Arlit.
- 2009 : Démarrage des travaux préparatoires sur Imouraren, suspendus après l’accident de Fukushima.
- 2016-2018 : Restructuration d’Areva, qui devient Orano ; Cominak annonce sa fermeture programmée.
- 2021 : Fermeture définitive de la mine de Cominak.
- 2024 : Retrait du permis d’exploitation d’Imouraren par les autorités nigériennes.
- 2025 : Perquisitions dans les locaux d’Orano ; accès aux sites bloqué ; arbitrages lancés.
L’affaire illustre la profonde recomposition des rapports entre Niamey et ses partenaires internationaux, et marque peut-être la fin d’un demi-siècle de coopération minière franco-nigérienne.




