Conakry durcit le ton face à l’un de ses plus grands partenaires miniers dans un contexte de souveraineté accrue sur ses ressources.
La République de Guinée a lancé une procédure de révocation de la licence minière d’Emirates Global Aluminium (EGA), un des principaux acteurs étrangers de son secteur minier. L’information, rapportée par Reuters ce jeudi 8 mai, marque une nouvelle escalade dans le différend opposant le pays à l’entreprise émiratie, détenue à parts égales par Mubadala Investment Company (fonds souverain d’Abu Dhabi) et Investment Corporation of Dubai.
Un différend douanier aux lourdes conséquences
À l’origine du conflit : une contestation des droits de douane appliqués aux exportations de bauxite par EGA. En octobre 2024, les autorités guinéennes ont suspendu les exportations de la société ainsi que ses activités minières, provoquant une chute notable de la production. Les volumes exportés ont reculé de 14,1 millions de tonnes en 2023 à 10,8 millions en 2024, selon des chiffres officiels. Si la procédure de révocation aboutit, EGA pourrait perdre l’un de ses actifs les plus stratégiques. Présente dans le pays depuis 2019 via sa filiale Guinea Alumina Corporation (GAC), l’entreprise exploite une concession de 690 km² contenant près de 400 millions de tonnes de bauxite, l’une des plus vastes du pays.
Une politique minière en mutation
La Guinée, deuxième producteur mondial de bauxite après l’Australie et premier exportateur africain, poursuit sa politique de réappropriation de la valeur ajoutée locale. Le gouvernement souhaite imposer la transformation de la bauxite sur place, notamment via la production d’alumine, afin de stimuler l’industrialisation nationale. Cette ligne dure s’inscrit dans une tendance régionale plus large. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont également lancé des révisions de leurs législations minières, dans le but de rééquilibrer les rapports de force entre États et multinationales, longtemps accusées de bénéficier de régimes fiscaux trop favorables.
Enjeu stratégique pour EGA
Pour Emirates Global Aluminium, la perte de sa licence guinéenne constituerait un coup dur. L’entreprise, qui avait exporté environ 14 millions de tonnes de bauxite en 2022, verrait son modèle d’approvisionnement gravement perturbé. Elle pourrait être contrainte de réévaluer l’ensemble de sa stratégie internationale, dans un contexte géopolitique et réglementaire de plus en plus instable pour les majors du secteur extractif.
