L’ombre de la pandémie plane encore sur le Sénégal, mais cette fois-ci sous forme de scandale politico-financier. Cinq anciens ministres du gouvernement de l’ex-président Macky Sall sont désormais dans le viseur de la justice. Ils sont soupçonnés de prévarication dans la gestion du fonds de riposte et de solidarité contre la Covid-19, communément appelé Force Covid-19. C’est une onde de choc dans la sphère politico-économique sénégalaise.
L’affaire dite des 1 000 milliards de francs CFA mobilisés pour la riposte contre la pandémie prend un tournant judiciaire majeur. Plusieurs personnalités, issues à la fois de l’administration publique et du secteur privé, sont désormais officiellement poursuivies pour détournement de fonds, enrichissement illicite et mauvaise gestion des ressources publiques, passations de marchés douteuses, et manquements graves à la transparence.
Cette somme, mobilisée à travers le Programme de Résilience Économique et Sociale (PRES) lancé en 2020, visait à soutenir les ménages vulnérables, préserver les emplois et accompagner les entreprises affectées par la pandémie. Mais près de cinq ans plus tard, une enquête d’audit commanditée par la Cour des Comptes a révélé de nombreuses irrégularités, des écarts de gestion, des facturations douteuses, voire inexistantes, et des contrats opaques.
Parmi les mis en cause figurent d’anciens ministres (dont l’identité n’a pas été dévoilée), des directeurs d’agences nationales, mais aussi des chefs d’entreprises prestataires. Les charges portent sur la surfacturation de marchés publics, des livraisons fictives de denrées alimentaires, ainsi que des fonds versés sans justificatifs valables.
Le Procureur de la République a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire, soulignant que « les faits allégués sont d’une extrême gravité, car ils touchent à la confiance des citoyens en leur État, particulièrement en période de crise sanitaire ».
« Pillage organisé »
L’affaire prend également une tournure politique. Des voix de l’opposition accusent le gouvernement de l’époque d’avoir utilisé la crise sanitaire comme « prétexte pour un pillage organisé ». D’autres appellent à un procès public, pour faire toute la lumière sur l’usage de ces fonds. Du côté des dirigeants, aux affaires depuis un an, on assure « respecter la séparation des pouvoirs » et appelle à laisser la justice faire son travail, tout en saluant le rôle des corps de contrôle.
Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire soulève des interrogations plus larges sur la gouvernance des fonds d’urgence en Afrique. La Banque mondiale et d’autres partenaires internationaux, qui avaient soutenu le PRES, ont également demandé des comptes.
Pour de nombreux citoyens, cette affaire est perçue comme un test majeur de transparence et de reddition des comptes. Des organisations de la société civile, comme le Forum Civil ou le collectif Sunu Budget, appellent à ce que cette enquête soit un point de départ vers une gestion plus rigoureuse des ressources publiques.



