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Eurobond : pourquoi la Côte d’Ivoire a emprunté deux fois plus cher que le Maroc ?

En avril 2025, le Maroc et la Côte d’Ivoire ont tous deux réussi leur retour sur le marché international des euro-obligations. Mais à des prix radicalement différents. Quand le Royaume chérifien a levé près de 1,9 milliard d’euros à des taux de 3,875 % (2029) et 4,75 % (2035), la Côte d’Ivoire a dû offrir…

En avril 2025, le Maroc et la Côte d’Ivoire ont tous deux réussi leur retour sur le marché international des euro-obligations. Mais à des prix radicalement différents. Quand le Royaume chérifien a levé près de 1,9 milliard d’euros à des taux de 3,875 % (2029) et 4,75 % (2035), la Côte d’Ivoire a dû offrir un rendement de 8,075 % pour sa tranche en dollars arrivant à échéance en 2036. Un différentiel de plus de 300 points de base qui interroge : pourquoi un tel écart de coût ?

Un différentiel de notation… mais pas suffisant pour expliquer l’écart

Sur le papier, l’écart de notation n’est pas abyssal. Le Maroc est noté Ba1 (stable) chez Moody’s et BB+ (positive) chez S&P. La Côte d’Ivoire, pour sa part, bénéficie depuis mars 2024 d’une notation Ba2 chez Moody’s (soit une amélioration par rapport à Ba3) et de BB (stable) chez S&P (contre BB- auparavant). Soit, dans les deux cas, des notations spéculatives (non investment grade), avec un cran de différence en faveur du Maroc.

Mais cet écart de notation n’explique pas à lui seul un tel différentiel de coût. D’autres pays notés en catégorie Ba ou BB ont récemment levé de la dette à des niveaux comparables au Maroc, bien en deçà des 8 % concédés par Abidjan.

Structure de l’émission : maturité, devise, timing

L’une des premières explications se trouve dans la structure même des émissions. La Côte d’Ivoire a émis des obligations en dollars à échéance 2036, soit une maturité légèrement plus longue que celle du Maroc (2029 et 2035) et dans une devise plus volatile que l’euro pour un pays d’Afrique de l’Ouest. La devise de libellé est cruciale : le marché dollar, plus liquide mais aussi plus exigeant avec les émetteurs africains, exige une prime de risque plus élevée.

À cela s’ajoute le contexte de marché. Le Maroc a minutieusement préparé sa sortie en mobilisant un consortium d’arrangeurs expérimentés, dans un contexte de regain de confiance porté par la reprise post-séisme, la solidité des réserves en devises et les bonnes performances des secteurs exportateurs (phosphates, automobile). Résultat : une demande exceptionnelle de plus de 7 milliards d’euros, traduisant la forte appétence des investisseurs.

La Côte d’Ivoire, bien qu’ayant aussi suscité un intérêt fort (plus de 3,9 milliards USD de demandes pour 1,75 milliard levé), a fait face à une perception de risques politiques et sécuritaires plus prononcés, dans un contexte d’élections présidentielles à l’horizon 2025 et de tensions persistantes dans la sous-région ouest-africaine.

Prime de risque africaine et perception régionale

Il faut également tenir compte de la prime de risque régionale. Le Maroc bénéficie d’une position géographique stratégique, aux portes de l’Europe, et est souvent perçu comme un « investment case » relativement déconnecté du reste du continent. À l’inverse, la Côte d’Ivoire, bien qu’étant la locomotive de l’UEMOA, reste exposée aux perceptions négatives pesant sur l’Afrique de l’Ouest francophone : instabilité au Sahel, incertitudes sur l’avenir de la CEDEAO, montée de la dette dans plusieurs pays voisins…

Rôle des arrangeurs et ingénierie financière

Le choix des arrangeurs et la stratégie de communication financière sont aussi déterminants. Le Maroc a mobilisé un consortium d’établissements bancaires internationaux reconnus, avec une expérience éprouvée dans la gestion des émissions souveraines. La transparence sur l’allocation des fonds, la régularité des roadshows et la prévisibilité des politiques macroéconomiques ont renforcé la crédibilité du pays. La Côte d’Ivoire, bien qu’ayant amélioré sa stratégie de communication financière depuis plusieurs années, souffre encore de l’absence d’un storytelling clair sur la trajectoire budgétaire post-pandémie et sur l’efficience de la gestion des investissements publics.

Le différentiel de coût entre les deux pays n’est pas uniquement un effet de notation ou de devise. Il résulte d’un cumul de facteurs : perception du risque souverain, solidité institutionnelle, contexte politique, devise de l’émission, qualité des arrangeurs, et capacité à rassurer les marchés. Dans l’arène des marchés internationaux, plus que la performance économique brute, c’est la confiance qui dicte le prix à payer. Et sur ce terrain, le Maroc continue de bénéficier d’un net avantage.

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