Suite à sa nomination en tant que médiateur dans la crise multiforme à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), le président togolais Faure Gnassingbé effectue ce mardi 16 avril une visite de prise de contact à Luanda, où il rencontre son homologue angolais João Lourenço, dont le pays assure actuellement la présidence tournante de l’Union africaine.
Par Rodrigue Fénelon Massala
Selon nos informations, le président togolais entamera ensuite une tournée en RDC, au Rwanda, puis rencontrera les dirigeants de la SADC et de l’EAC, notamment les présidents du Kenya et du Zimbabwe, qui président respectivement ces deux organisations régionales. Cette tournée préparera la mise en œuvre de son plan d’action de facilitation, avec le soutien de la récente commission spéciale de l’Union africaine.
Quelles sont les chances du nouveau médiateur face à l’implication du Qatar dans la crise RDC-Rwanda ?
La médiation togolaise, menée par le président Faure Gnassingbé, entre dans une phase préparatoire suite à sa confirmation par le bureau de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, sur proposition du président Lourenço. Faure Gnassingbé commence ainsi à prendre les choses en main.
Cependant, il convient de noter que cette initiative africaine s’inscrit dans un contexte où le Qatar a déjà entrepris d’importantes démarches diplomatiques pour faciliter le dialogue entre Kigali et Kinshasa.
Le 18 mars 2025, le Qatar a organisé à Doha une rencontre trilatérale entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, en présence de l’Émir du Qatar, Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani. Ce sommet a abouti à un appel conjoint à un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel dans l’est de la RDC — une première rencontre directe entre les deux chefs d’État depuis le début des hostilités en janvier 2025. L’ONU et l’UA ont salué cette initiative, la qualifiant de pas important vers la paix régionale.
Malgré ces avancées, les négociations restent fragiles. Les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont exprimé leur mécontentement face aux sanctions imposées par l’Union européenne et ont rejeté les précédents pourparlers, notamment ceux prévus en Angola. Des désaccords majeurs persistent, notamment sur le retrait des rebelles des territoires conquis et la levée des sanctions internationales.
Dans ce contexte, la médiation togolaise pourrait jouer un rôle complémentaire, en consolidant les efforts de paix déjà en cours. En sa qualité de médiateur de l’Union africaine, Faure Gnassingbé pourrait faciliter la mise en œuvre des accords de cessez-le-feu et encourager la reprise des négociations directes entre la RDC et le Rwanda. Toutefois, le succès de cette médiation dépendra fortement de la volonté des parties de dialoguer et de l’efficacité des mécanismes d’application des accords.
Les atouts du président Faure
Il importe de souligner que le président Faure Gnassingbé dispose de plusieurs atouts diplomatiques susceptibles de favoriser une issue positive à sa médiation. D’une part, il entretient d’excellentes relations personnelles avec le président Félix Tshisekedi et le président Paul Kagame, et bénéficie de relais solides auprès des deux dirigeants.
D’autre part, il connaît bien les principaux acteurs politiques de la scène congolaise : Joseph Kabila, Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Vital Kamerhe, Azarias Ruberwa… La plupart de ces personnalités ont, par le passé, séjourné ou transité par Lomé, contribuant à forger des liens de confiance avec les autorités togolaises.
Cette connaissance approfondie du dossier congolais, conjuguée à son expérience, à sa discrétion diplomatique et à sa longévité au pouvoir, confère au président togolais une stature d’homme d’État capable de faire avancer les discussions, y compris avec les leaders du M23 — dont certains ont salué sa désignation comme nouveau médiateur de l’Union africaine.
Lomé, capitale ayant déjà accueilli de nombreuses médiations en Afrique, pourrait à nouveau jouer un rôle central dans cette nouvelle perspective, en écrivant une page importante de l’histoire de la paix et de la désescalade à l’est de la RDC.



