Addis-Abeba, 24 mars 2025 (CEA) – La fiscalité du secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) a été au cœur des débats lors de la Conférence 2025 des ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique, organisée par la Commission économique pour l’Afrique (CEA). En toile de fond : comment calibrer les taxes pour stimuler la croissance économique, améliorer l’accès au numérique et créer des emplois. Dans une présentation très suivie, Mactar Seck, chef de la section Technologies émergentes et de transformation numérique à la CEA, a livré les résultats d’une étude comparative menée sur plusieurs pays africains. Le constat : il n’existe pas de modèle unique, mais des tendances claires émergent.
Des stratégies fiscales contrastées, des résultats convergents
Ainsi, la Zambie, qui a opté pour une augmentation des taxes dans le secteur des TIC, a paradoxalement enregistré une hausse des recettes fiscales, de l’emploi et une augmentation de 14,6 % de la pénétration du haut débit. Le Kenya, adoptant une approche similaire, a observé une progression de 9,7 % de la connectivité, tout en boostant l’emploi et les recettes. À l’inverse, l’Éthiopie et le Nigeria ont choisi de baisser les taxes. Résultat : une amélioration modeste mais réelle de la connectivité (respectivement 4,6 % et 4,9 %), une forte création d’emplois, mais des recettes fiscales plus faibles. Selon Mactar Seck, la hausse des taxes peut produire des effets positifs si elle s’accompagne d’un élargissement de l’assiette fiscale et d’une amélioration de la productivité globale de l’économie. Il souligne par ailleurs qu’un accroissement de 10 % de la pénétration du haut débit pourrait générer une croissance supplémentaire du PIB comprise entre 0,8 % et 2,46 %.
Un continent encore faiblement connecté
Malgré ces perspectives encourageantes, le continent africain reste le moins connecté au monde. « En cinq ans, la connectivité n’a augmenté que d’un petit pour cent », a rappelé Mactar Seck. Le coût élevé de l’Internet reste un obstacle majeur. « L’Afrique affiche les coûts de haut débit les plus chers, au moins cinq fois plus élevés que dans d’autres régions du monde », a-t-il précisé.
Vers une fiscalité intelligente et progressive
Les experts présents ont appelé à une fiscalité plus intelligente, fondée sur une observation continue des effets réels des politiques fiscales. « Chaque pays doit élaborer son propre cadre d’évaluation de l’impact de la fiscalité sur le secteur des TIC. La majorité des pays ayant réduit les taxes ont vu leurs recettes fiscales augmenter, tout comme l’emploi et la connectivité. Mais dans le contexte économique actuel, il faut avancer progressivement et ajuster en fonction des résultats », a conclu Mactar Seck.
À l’horizon 2030, la CEA estime que l’économie numérique africaine pourrait peser 712 milliards de dollars et augmenter le PIB du continent de 8,2 %. À condition, toutefois, d’adopter les bons leviers dès aujourd’hui.
