Le FMI et les autorités kenyanes ont renoncé en mars 2025 à finaliser la neuvième et dernière revue du programme FEC/FEP, écartant ainsi la possibilité d’un soutien budgétaire de 850 millions de dollars, dont 361 millions issus du Fonds pour la résilience et la durabilité (RSF). En cause, des engagements non tenus, notamment sur le règlement des arriérés publics, la réforme des entreprises d’État et la hausse des recettes fiscales. Le retrait de la loi de finances 2024, lors de l’été dernier, avait déjà fragilisé les relations avec l’institution de Bretton Woods. Selon les analystes de S&P, « le gouvernement multiplie les manœuvres pour préserver sa stabilité financière. Si l’échec du programme avec le FMI complique l’accès à certains financements internationaux, Nairobi tente de limiter les dégâts en recourant à des outils de gestion de la dette, tant externe qu’interne ».
Au-delà du FMI, cette rupture pourrait retarder 800 millions de dollars de la Banque mondiale et 1,5 milliard de dollars de prêts émiratis, attendus au premier semestre 2025, détaille S&P. « Pour contourner les restrictions imposées par le FMI, le prêt des Émirats arabes unis pourrait être versé en plusieurs tranches, sous forme d’obligations privées semi-concessionnelles », poursuit l’agence de notation. Et de préciser qu’un nouvel accord avec le FMI demeure envisageable avant l’exercice budgétaire suivant, à condition que le gouvernement adopte des réformes structurelles via la loi de finances 2025. En attendant, poursuivent les analystes de S&P, « les réserves de change – estimées à 10 milliards de dollars – offrent un coussin de sécurité, bien que le recours à des financements internes ou commerciaux entraîne un coût bien plus élevé ».
Eurobond 2025 : soulagement temporaire
En février dernier, Nairobi avait levé 1,5 milliard de dollars sur les marchés internationaux à travers une euro-obligation à 11 ans, assortie d’un coupon de 9,5 %. Cette émission a permis le rachat de 580 millions de dollars de l’eurobond 2027 et de régler plusieurs prêts syndiqués. Si seulement 64 % des détenteurs ont répondu favorablement à l’offre, l’opération a permis de ramener les remboursements annuels à 108 millions de dollars jusqu’en 2027, contre 300 millions auparavant. « Malgré ce succès partiel, le coût élevé du service de la dette – supérieur à 30 % des recettes publiques – reste préoccupant, et limite les marges de manœuvre budgétaires du pays. », estime S&P.
Première opération de rachat d’obligations en monnaie locale
Autre initiative notable entreprise en février 2025, le rachat historique de titres en monnaie locale. Le gouvernement a repris pour 50,1 milliards de shillings kenyans (environ 387 millions de dollars) sur trois obligations arrivant à échéance entre avril et mai 2025. Les taux de participation ont fortement varié (de 11 % à 80 % selon les titres), mais tous les rachats ont été effectués légèrement au-dessus de la valeur nominale, intérêts courus inclus.
Une opération qualifiée « d’opportuniste » par S&P Global Ratings, dans la mesure où le risque de défaut restait faible, porté par la baisse récente des rendements réels et la forte demande sur les titres souverains. Le gouvernement a d’ailleurs réouvert deux émissions d’obligations d’infrastructure exonérées d’impôts, récoltant 131 milliards de shillings (1 milliard de dollars) contre un objectif initial de 70 milliards.
