Le paysage politique ivoirien entre dans une zone de turbulence à mesure que l’élection présidentielle d’octobre 2025 approche. Tidjane Thiam, ancien directeur général du Crédit Suisse, a franchi une étape décisive vers sa candidature en renonçant officiellement à sa nationalité française. Une décision publiée au Journal officiel français, qui le « libère de son allégeance à la France », comme le stipule la formule administrative. Un geste symbolique, mais surtout juridique, puisque la loi ivoirienne impose aux candidats à la présidence de n’avoir qu’une seule nationalité : celle de la Côte d’Ivoire.
Élu à la tête du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) en 2023, M. Thiam représente désormais l’un des principaux challengers potentiels à la succession du président Alassane Ouattara. Ce dernier, âgé de 83 ans, entretient encore le flou sur une éventuelle candidature pour un quatrième mandat, malgré les appels au renouvellement de la classe politique. Tidjane Thiam, 62 ans, revient avec une image de technocrate international, mais aussi avec les stigmates d’un exil politique depuis le coup d’État militaire de 1999 qui a renversé le président Henri Konan Bédié, dont il fut ministre.
Pour autant, son ambition présidentielle n’est pas sans obstacles. Un recours judiciaire déposé par un ancien cadre du PDCI remet en cause son élection à la tête du parti, au motif qu’il détenait encore la nationalité française au moment du scrutin interne. L’affaire a été renvoyée au mois d’avril. Une décision qui pourrait semer la confusion à l’intérieur même de sa formation, déjà divisée par la candidature concurrente de l’ancien ministre Jean-Louis Billon. Si le porte-parole du PDCI affirme que la nationalité ivoirienne n’est pas un critère formel pour diriger le parti, c’est devant le Conseil constitutionnel que se jouera l’avenir de Thiam en tant que candidat à la magistrature suprême.
Cette controverse relance un débat longtemps enfoui sur la question de l’identité nationale, un sujet sensible en Côte d’Ivoire, historiquement marqué par la crise de l’ivoirité qui avait plongé le pays dans une décennie de violences. À cela s’ajoute l’incertitude autour de la posture de Laurent Gbagbo. L’ancien président, réhabilité mais discret, semble se positionner en observateur stratégique, voire en arbitre silencieux. Son influence reste palpable, et son éventuel soutien pourrait peser lourd dans la balance d’un second tour serré.
