Alors qu’il semblait assuré que l’investiture de Tidjane Thiam comme candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA, parti fondé par son oncle, Félix Houphouët-Boigny, père de la Nation) aux élections présidentielles d’octobre 2025 se déroulerait sans encombre, il se retrouve soudainement sous le feu des critiques, notamment de son propre camp. L’ex-CEO de Credit Suisse a été visé par une action en justice le 18 février, intentée par quatre militants de son parti qui contestaient la légitimité de son élection. Ces militants ont finalement retiré leur plainte dimanche dernier. Cependant, la controverse sur sa nationalité persiste.
«Plus sa popularité s’accroît, plus les manœuvres, les mensonges et les menaces se multiplient. Les prétextes pour l’empêcher sont grossiers et vont jusqu’à l’absurde : le déni de sa nationalité ivoirienne», a affirmé Me Mathias Chichportich, avocat de Tidjane Thiam dans une récente déclaration transmise à l’AFP
Né ivoirien, Tidjane Thiam a reçu la nationalité française en 1987 lors de ses études en France, en reconnaissance de son parcours académique impressionnant (Polytechnique, Mines). Il a ensuite servi comme ministre en Côte d’Ivoire de 1994 à 1999 avant de poursuivre une carrière dans le secteur privé en Europe.
Pour rappel, Thiam a été élu à la tête du parti le 22 décembre 2023, lors d’un scrutin largement favorable. L’audience prévue le 27 février devra également faire face à la résurgence de l’ivoirité, une forme de nationalisme ethnique à l’origine de la partition du pays et de la crise qui l’a paralysé entre 1999 et 2010. Les défenseurs de l’ivoirité associent la nationalité à l’origine ethnique et estiment que la double nationalité franco-ivoirienne et les origines sénégalaises du père de Thiam devraient l’empêcher de postuler au poste suprême. Des attaques émanent également du camp au pouvoir. Le 2 février, sur le plateau de la Nouvelle Chaîne Ivoirienne (NCI), l’analyste politique Arthur Banga, proche du pouvoir, a déclaré que Tidjane Thiam « ne pouvait pas être candidat à l’élection présidentielle, car il n’a pas renoncé à sa nationalité française ». En effet, la Constitution ivoirienne exige que les candidats soient « exclusivement de nationalité ivoirienne ».
Cette problématique de la nationalité a déjà empoisonné la politique ivoirienne par le passé. L’actuel président, Alassane Ouattara, accusé d’être d’origine burkinabè, avait été exclu des élections présidentielles de 1995 et 2000. Il a lui-même réformé la Constitution en 2016 pour spécifier qu’un candidat à la présidentielle doit être « exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père ou de mère ivoirien d’origine ».
De son côté, Tidjane Thiam a entamé les démarches pour renoncer à sa nationalité française. Lui demandera-t-on aussi de renoncer à son patronyme, Thiam ? Peut-on dire que les États-Unis, qui ont élu Barack Obama, américain dont le père était kényan, sont plus tolérants que les pays africains ?
