Abuja, 24 février 2025 – Une enquête de la Plateforme pour la Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF) dévoile que Sambo Dasuki, ex-conseiller à la sécurité nationale nigérian, a acquis un ranch équestre de 51 hectares en Caroline du Sud en 2002. À l’époque, il dirigeait l’imprimerie nationale nigériane, chargée de produire la monnaie du pays. En 2015, il a été inculpé pour détournement de milliards de dollars destinés à la lutte contre Boko Haram, dont 27 millions USD auraient financé des acquisitions immobilières de luxe aux États-Unis, selon l’enquête.
Un visa américain refusé, des questions en suspens
Menée avec OCCRP, The Post and Courier et The Houston Chronicle, l’enquête révèle que l’épouse de Dasuki a sollicité un visa d’investisseur américain en 2002, arguant que les fonds utilisés pour le ranch provenaient d’un contrat de lobbying obtenu par son mari. Elle affirmait que Dasuki avait touché 1 million USD pour représenter une entreprise pétrolière texane au Ghana, alors qu’il dirigeait l’imprimerie nationale. Les autorités américaines, ayant rejeté la demande, ont mis en doute l’origine de l’argent, mais aucune mesure n’a été prise contre le ranch.
Un bien luxueux transformé en Airbnb
Transféré au nom de son épouse, le domaine comprend un centre équestre avec 55 boxes, 16 enclos, une piste de quart de mile et des installations pour événements. Aujourd’hui, il est loué via Airbnb et accueille des mariages.
Cette révélation s’ajoute à une enquête de 2024 menée avec The Washington Post et Premium Times, ayant exposé le blanchiment d’argent via des propriétés à Los Angeles et Washington. Malgré les demandes nigérianes de coopération, certaines demeures restent aux mains des proches de Dasuki. Ce dernier conserve aussi le ranch, malgré le scandale du« Dasukigate »– détournement présumé de 2 milliards USD des caisses publiques.
Alors que 30 % des Nigérians vivent sous le seuil d’extrême pauvreté (45 % dans le Nord), les fonds détournés par Dasuki auraient pu financer des infrastructures, la santé ou l’éducation. « La corruption alimente l’insécurité. Les groupes terroristes prospèrent grâce à ces détournements », dénonce Jimmy Kande, directeur de PPLAAF pour l’Afrique de l’Ouest.
« Combien de propriétés faut-il découvrir pour que les autorités agissent ? », interroge Marie Paule Conaré, chargée de projets de PPLAAF. L’enquête souligne l’urgence d’un renforcement de la coopération internationale pour traquer les flux financiers illicites. Les gouvernements américain et nigérian sont une nouvelle fois mis à l’épreuve pour prouver leur engagement contre la criminalité financière.







