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Centrafrique : polémiques autour du memecoin $CAR

Au moment où le chef de l’Etat centrafricain a lancé officiellement cette nouvelle cryptomonnaie, les milieux financiers soulèvent des réserves sur son appropriation par la population, sa solidité, son ancrage communautaire et les aspects techniques de son processus d’enregistrement. Le 10 février 2025, le chef de l’Etat de la République centrafricaine (RCA), Faustin Archange Touadéra,…

Au moment où le chef de l’Etat centrafricain a lancé officiellement cette nouvelle cryptomonnaie, les milieux financiers soulèvent des réserves sur son appropriation par la population, sa solidité, son ancrage communautaire et les aspects techniques de son processus d’enregistrement.

Le 10 février 2025, le chef de l’Etat de la République centrafricaine (RCA), Faustin Archange Touadéra, annonçait le lancement officiel du memecoin baptisé $CAR. Quelques heures seulement après, la presse spécialisée relève que « le cours du $CAR a chuté de près de 90%, passant d’une capitalisation de 800 millions USD à 40 millions USD ». Ainsi, pour la plupart, « $CAR peut être assimilé à une arnaque et à une tentative d’hameçonnage ».

Dans les milieux financiers centrafricains, l’on révèle que « la population n’a pas la totale maîtrise des contours de la cryptomonnaie ni de ses effets sur l’économie du pays ». « Même pour ceux qui ont convaincu le chef de l’Etat à adopter cette nouvelle monnaie, ce n’est pas sûr qu’ils en maîtrisent les contours », susurre un journaliste économique centrafricain ayant requis l’anonymat. Le même émet des réserves sur la capacité des concepteurs du projet de memecoin $CAR à se rendre compte que « cette cryptomonnaie, comme la plupart d’entre elles, ne peut pas encore être utilisée comme unité de compte, les prix des biens et services étant généralement exprimés euro, en dollar ou en FCFA comme c’est le cas de la République centrafricaine (RCA) ».

Pour des analystes financiers, « les crypto-monnaies sont considérées comme une réserve de valeur, en particulier dans un contexte de méfiance envers les monnaies classiques ou en période de crise économique. Toutefois, leur volatilité pose question sur leur efficacité en tant que réserve de valeur à long terme ». Ce qui fait que leur reconnaissance juridique pose problème. Elles sont acceptées et réglementées dans certains pays tandis que dans d’autres, elles sont interdites ou considérées comme des actifs spéculatifs. Cette incertitude réglementée qui influence leur statut en tant que monnaie.

L’avis de la BEAC attendu

Par ailleurs, la RCA fait partie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) qui utilise une monnaie commune, le franc CFA, émise par une banque centrale, la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), qui n’a pas encore réglementé le secteur de la cryptomonnaie dans la sous-région. Quelques Centrafricains approchés estiment que « nous devons utiliser la monnaie commune en attendant l’avis de la BEAC sur la question. Cette initiative unilatérale pose les bases d’un conflit comme ce fut le cas avec la première loi sur la crypto-monnaie qui a été révisée ». Mais, pour le président Faustin Archange Touadéra, « ​​​​​​la République centrafricaine a toujours cru en la force et l’importance d’une communauté solidaire ». C’est « en nous appuyant sur cette conviction et en symbole d’unité » qu’il se sentait « fier d’annoncer le lancement du memecoin officiel de la RCA. »

Si notre confrère évoqué supra admet que « la crypto-monnaie est une forme de monnaie dans certaines circonstances », il ne lui reconnaît pas « des fonctions traditionnelles de la monnaie ». Pour lui, son avenir dépendra donc de son adoption par la société, par la communauté et de son intégration dans les systèmes financiers traditionnels et de l’évolution des régulations.

« Un projet du ministère des Mines »

Autre polémique, le fait que ce soit, non pas le ministère des Finances et du Budget qui pilote ce projet, mais plutôt celui des Mines et de la Géologie, ajoute au trouble autour du lancement de $CAR. Dans un communiqué rendu public juste après le lancement de cette monnaie, le ministre centrafricain des Mines, Rufin Benam Beltoungou, indiquait que « $CAR est un projet du ministère des Mines et de la géologie, exécuté par le Comptoir des minerais en collaboration avec la société Barn$ley ». Un projet qui, pour la présidence de la République, « aurait pour objectif de promouvoir l’innovation et le développement économique du pays ».

Sauf que des réserves sont encore émises sur sa maturité. En effet, le site Cryptoast, la référence francophone en matière d’informations sur la crypto-monnaie, relève que « le domaine a été enregistré trois jours seulement avant l’annonce officielle, ce qui ne correspond pas aux pratiques classiques d’un projet d’envergure étatique ». Une posture renchérie par Quentin Demé, économiste et co-auteur de « 100 mots pour comprendre les cryptomonnaies ». Pour ce dernier, « à propos du processus d’enregistrement, les experts ont relevé que ce délai était assez court. Tous ces éléments-là inquiètent les experts et les investisseurs ».

Quid du Sango

Au moment où la RCA lance une seconde monnaie virtuelle, les questions fusent sur l’issue du Sango que le pays avait adopté il y a trois, devenant ainsi le deuxième pays, après Salvador, à asseoir son économie sur une monnaie à la volatilité établie. Selon le site Cryptoast, « le Sango semble aujourd’hui s’être soldée par un échec ». C’est également l’avis des Centrafricains qui demandent des comptes au gouvernement alors que leur pays se lance dans une nouvelle aventure du même type.

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