« Depuis plusieurs jours, la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) est confrontée à une crise importante, qui a conduit à l’arrêt total et contraint de ses activités », peut-on lire dans un communiqué de presse publié par l’entreprise le 6 février 2025 et dont Financial Afrik a pu obtenir copie. A l’origine du mouvement social lancé le 26 janvier 2025, « un retard de paiement des acomptes mensuels dû à une défaillance technique de l’opérateur mobile en charge de cette opération ». Mais que le top management de l’entreprise a résolu en 24 heures pour finalement « procéder au paiement intégral des acomptes ».
Sauf que, déplore la Sosucam, « malgré la résolution concrète du problème, les tensions naissantes d’une catégorie de travailleurs ont perduré ». Ainsi, révèle la filiale locale de Somdiaa, « du 26 au 29 janvier 2025, nos sites ont été bloqués par des groupes de manifestants incluant des individus étrangers à l’entreprise, paralysant progressivement l’ensemble de l’activité ». L’escalade est telle que « le 30 janvier 2025, des barricades ont été installées pour empêcher les travailleurs de rejoindre leur poste à Mbandjock et à Nkoteng ».
Malgré cette tournure des événements, la direction générale de l’entreprise maintient le dialogue avec les travailleurs, aux côtés des autorités et des partenaires sociaux. Ce, « en apportant toutes les réponses nécessaires aux doléances répétitives ou nouvelles à chaque concertation, certaines ayant même été prises en compte et confirmées par note écrite à l’attention de tous les travailleurs », peut-on lire dans ce document.
Revirement et récupération
Et alors que la direction générale de la Sosucam croit la situation maitrisée, elle constate que « dès le 31 janvier, la contestation a pris une tournure plus radicale, avec des affrontements et des actes de violence dépassant largement les revendications initiales ». Voulant accéder au site de l’entreprise, « de nombreux travailleurs se sont vus empêchés de rejoindre leur poste de travail par des groupes d’individus dont certains étrangers à l’entreprise ». La Sosucam comprend alors que « d’une réclamation relative à un retard de paiement des acomptes d’une partie du personnel à laquelle il a été répondu favorablement, l’on est passé à une entrave au travail accompagnée de tensions et heurts urbains et échappant totalement au cadre de l’entreprise ».
Conséquence, déplore la Sosucam, « aujourd’hui, l’usine est totalement à l’arrêt, mettant en péril l’activité et l’ensemble des emplois de Sosucam ». Mais la société entreprend « un retour à l’apaisement et une reprise des activités dans des conditions sûres et durables […] afin de protéger ses employés et rétablir une situation stable, dans le respect de ses engagements sociaux, économiques, et du dialogue social durablement établi au sein de notre entreprise ».
Pour rappel, créée en 1965, la Sosucam est leader du marché du sucre 100% Terroir au Cameroun et en Afrique centrale. Avec près de 25.000 ha de plantations dans les localités de Mbandjock, Nkoteng et Lembe-Yezoum, toutes dans la région du Centre, Sosucam déploie des projets pour l’amélioration des conditions de vie des populations, l’éducation, la formation professionnelle et la préservation des hautes valeurs de conservation. Selon son directeur général, Jean-Pierre Champeaux, « en 2023, notre entreprise, reconnue comme leader agro-industriel et créateur de valeurs au Cameroun, a lancé son plan de restructuration intégrale, dénommé OSER (Orientation Stratégie État d’esprit, Reconstruction), afin d’être capable de produire 130.000 tonnes de sucre en 2027 ».
Ce plan stratégique est mis en œuvre dans un contexte où, selon un rapport du ministère des Finances sur la situation et les perspectives économiques, sociales, et financières de la nation, au premier semestre 2024, le Cameroun a importé 105.400 tonnes de sucre pour une valeur de 42,8 milliards de FCFA (66,5 millions USD) pour une demande nationale annuelle de 225.000 tonnes
