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Société Générale Cameroun : l’État fait barrage à Coris Bank International

[1 USD = 639,493 XAF; Franc CFA BEAC, indexé à l’euro ]. L’État camerounais s’opposerait   à la vente de Société Générale Cameroun (SGC), deuxième banque du pays, par le groupe français Société Générale à Coris Bank International. Alors que le groupe français avait sélectionné Coris Bank parmi plusieurs prétendants pour céder ses 58,08 % de parts (évalués à 105 milliards de…

[1 USD = 639,493 XAF; Franc CFA BEAC, indexé à l’euro ]. L’État camerounais s’opposerait   à la vente de Société Générale Cameroun (SGC), deuxième banque du pays, par le groupe français Société Générale à Coris Bank International. Alors que le groupe français avait sélectionné Coris Bank parmi plusieurs prétendants pour céder ses 58,08 % de parts (évalués à 105 milliards de FCFA, soit 164 millions de dollars), le ministère des Finances camerounais aurait activé son droit de préemption en proposant une contre-offre de 122,64 milliards de FCFA (190 millions de dollars). 

Ce bras de fer financier, nourri par des désaccords techniques sur la valorisation de SGC, soulève des questions sur le rôle de l’État, les risques réglementaires et l’intégration régionale en Afrique centrale et de l’Ouest.   Comme toute cession, celle-ci repose sur la valorisation. L’État camerounais, s’appuyant sur un audit de Grant Thornton, a appliqué le  Discounted Dividend Model (DDM), une méthode qui évalue une entreprise sur la base des dividendes futurs actualisés. Cette approche aurait réduit les fonds propres de SGC de 142,9 milliards de FCFA (221,3 millions de dollars) à 135,3 milliards de FCFA (209,5 millions de dollars).  

L’audit révèle trois ajustements majeurs :  

– Créances douteuses: Une dépréciation de 7,8 milliards de FCFA (12,1 millions de dollars) liée à un provisionnement insuffisant, exigé par la COBAC (Commission bancaire de l’Afrique centrale).  

– Écarts comptables : Un écart de 1,4 milliard de FCFA (2,2 millions de dollars) entre la comptabilité de gestion et l’inventaire physique des actifs immobilisés.  

– Faillite de YUP Cameroon : La liquidation de la filiale de services financiers mobiles de SGC, en septembre 2024, a amputé la valeur de la banque de 5 milliards de FCFA (7,8 millions de dollars).  

Certes, l’offre de l’Etat est financièrement plus conséquente mais elle n’est pas sans risques pour l’argent du contribuable. Déjà englué dans la vente laborieuse de la Commercial Bank Cameroon (CBC), l’État augmente son exposition au secteur bancaire, où il est censé jouer un rôle de régulateur neutre.  « C’est une pente glissante », alerte un analyste financier à Yaoundé. « Nationaliser SGC pourrait effrayer les investisseurs et brouiller la frontière entre politique publique et logique de marché. »  

Le ministre des Finances, Louis Paul MOTAZE (photo), défend pourtant cette intervention. Dans une lettre adressée le 16 janvier 2025 au conseil d’administration de SGC, il justifie l’offre étatique par la nécessité de « préserver un pilier stratégique de l’économie nationale ».  En outre, l’acquisition de SGC impliquerait un endettement supplémentaire pour Yaoundé dans un contexte de taux d’intérêt mondiaux élevés. En clair, une décision risquée, alors que le pays tente de maîtriser son déficit public.  L’attitude du ministère camerounais pourrait s’expliquer aussi, susurre-t-on, dans les milieux d’affaires européens et africains, comme une volonté de céder la banque à un repreneur déjà identifié mais disqualifié par les critères trop exigeants de Société Générale. L’on serait alors dans le même scénario que le Congo qui avait exercé son droit de péremption avant de céder finalement la filiale de Société Générale au gabonais BGFI.

En attendant, les partisans de Coris Bank évoquent  une approche  stratégique. L’offre initiale de la banque burkinabè, validée par Société Générale, intégrait une prime pour le contrôle d’un réseau de 58 agences et l’accès au marché camerounais, l’un des plus dynamiques d’Afrique centrale.  

L’enjeu dépasse les frontières camerounaises. Coris Bank, basée au Burkina Faso (zone UEMOA), a récemment racheté Société Générale Tchad. Son emprise sur SGC aurait renforcé les liens entre l’UEMOA (Afrique de l’Ouest) et la CEMAC (Afrique centrale), deux zones partageant déjà le cadre réglementaire de la CIMA en assurance mais peinant à harmoniser leurs secteurs bancaires.  « Coris aurait pu catalyser une convergence des régulations et des infrastructures financières », explique un économiste sénégalais. «L’intervention de l’État camerounais risque de fragmenter davantage le marché. »   Société Générale est désormais coincée entre l’offre étatique, plus élevée mais contestable, et son accord initial avec Coris Bank conditionné au feu vert de l’Etat. La conclusion de cette bataille, attendue d’ici mi-2025, impactera non seulement le paysage bancaire camerounais, mais aussi les équilibres économiques régionaux.  

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