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Tanzanie : au delà des très bonnes intentions de la  «Mission 300» de la Banque Mondiale   

Sujet central lors du  Sommet africain de l’énergie à Dar es Salaam le 28 janvier 2025, l’initiative Mission 300 vise à connecter 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030. Soutenue par des engagements financiers dépassant 50 milliards de dollars et des réformes structurelles dans 12 pays, cette initiative s’inscrit dans la lignée des Objectifs de Développement…

Sujet central lors du  Sommet africain de l’énergie à Dar es Salaam le 28 janvier 2025, l’initiative Mission 300 vise à connecter 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030. Soutenue par des engagements financiers dépassant 50 milliards de dollars et des réformes structurelles dans 12 pays, cette initiative s’inscrit dans la lignée des Objectifs de Développement Durable (ODD7). Cependant, derrière les déclarations optimistes se cachent des défis techniques, financiers et politiques majeurs qui appellent à un examen rigoureux. 

Les observateurs en conviennent, Mission 300 ressemble à une redite des promesses portées par l’ODD7 (énergie propre et abordable), dont les progrès restent mitigés en Afrique. En 2023, 600 millions d’Africains n’avaient toujours pas accès à l’électricité, un chiffre stagnant depuis des années. Des initiatives comme  «Sustainable Energy for All» SEforALL) ou «Power Africa» lancée en 2013 par les États-Unis) ont échoué à atteindre leurs cibles, notamment à cause d’un financement insuffisant et d’une focalisation excessive sur les grands réseaux centralisés. Mission 300 risque de reproduire ces erreurs sans une approche radicalement nouvelle.

Les 50 milliards de dollars engagés (dont 48 milliards par la Banque Mondiale, la contribution de la BAD étant à préciser) paraissent dérisoires face aux estimations de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), qui évalue à  «100 milliards de dollars par an» les investissements nécessaires pour électrifier l’Afrique d’ici 2030. 

De plus, ces fonds incluent des prêts concessionnels, augmentant le risque d’endettement pour des pays déjà fragilisés (comme la Zambie ou le Tchad, en défaut de paiement). La part des subventions directes reste floue, ce qui soulève des questions sur l’accessibilité réelle pour les populations pauvres. La Banque Mondiale et le FMI appelant les pays africains à mettre fin à la subvention trouveront certainement une nouvelle alchimie pour porter la lumière dans les foyers populaires. 

Les « pactes énergétiques nationaux » des 12 pays cités (Nigeria, RDC, Niger, etc.) reposent sur des réformes politiques ambitieuses : transparence des contrats, tarifs reflétant les coûts réels, modernisation des services publics. Or, des États comme le Nigeria peinent depuis des décennies à réformer leur secteur énergétique, miné par la corruption et des infrastructures obsolètes. La Banque Mondiale elle-même reconnaît que  «40 % des projets d’électrification rurale en Afrique échouent» après cinq ans, faute de maintenance et de gouvernance locale.

L’accent sur les énergies renouvelables et les mini-réseaux (via la société Zafiri) est pertinent, mais les défis techniques persistent. Par exemple, les systèmes solaires domestiques requièrent des chaînes d’approvisionnement fiables et des compétences locales pour la maintenance—un point faible dans des pays comme le Malawi ou Madagascar. Par ailleurs, les satellites et la cartographie électronique évoqués supposent une connectivité et une expertise souvent absentes en zones rurales. Sans investissement massif dans la formation, ces technologies resteront sous-utilisées.

Si les partenariats public-privé (PPP) sont essentiels, les investisseurs privés privilégient les zones urbaines rentables, laissant les régions reculées à la charge des États. En Tanzanie, seuls 7 % des ruraux ont accès à un réseau centralisé. De plus, les PPP risquent de reproduire les erreurs de la privatisation du secteur électrique nigérian, où des tarifs élevés ont exclu les plus pauvres. Mission 300 devra imposer des mécanismes de régulation stricts pour éviter une énergie à deux vitesses.

Intégration Régionale : Un Mirage Politique 

Les projets transfrontaliers (comme les barrages hydroélectriques en RDC ou en Éthiopie) se heurtent à des tensions géopolitiques chroniques. Le différend autour du barrage de la Renaissance (GERD) illustre les risques de conflits liés au partage des ressources. Sans cadre juridique contraignant et sans leadership fort de l’Union Africaine, l’intégration énergétique restera un vœu pieux.

La définition de « l’accès à l’électricité » est cruciale. Historiquement, des villages comptés comme « électrifiés » n’avaient qu’une seule connexion, souvent publique. Mission 300 doit adopter des critères stricts (accès quotidien, puissance minimale) et des systèmes de suivi indépendants. Or, aucun détail n’est fourni sur les indicateurs ou les sanctions en cas de non-respect des engagements.

Si Mission 300 marque une avancée symbolique, sa réussite dépendra de sa capacité à surmonter des obstacles bien connus : financements réalistes, gouvernance rigoureuse, technologies adaptées et inclusion des plus vulnérables. Sans transparence radicale et sans pression internationale, cette initiative rejoindra la longue liste des promesses non tenues. Les dirigeants africains et leurs partenaires doivent éviter de céder à l’autosatisfaction médiatique et prioriser des actions concrètes—sans quoi l’objectif 2030 ne sera qu’un mirage de plus.

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