Signaux et enjeux d’une opération réussie
Le 31 janvier 2025, le Sénégal a mobilisé 55 milliards de FCFA (88 millions de dollars) sur le marché financier de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA), via une émission mixte de Bons du Trésor (BAT) à 364 jours et d’Obligations Assimilables du Trésor (OAT) de 3 et 5 ans.
Initialement prévue pour 50 milliards FCFA, l’opération a été sur-souscrite à 184,88% avec des offres atteignant 92,4 milliards FCFA, témoignant d’une forte confiance des investisseurs institutionnels régionaux (banques, assurances, fonds).
À noter que les rendements associés sont de 7,33 % pour les BAT (court terme), légèrement supérieur à la moyenne régionale de l’UMOA (6,5-7% en 2024) et de 7,92% pour les OAT de 3 ans, un niveau élevé reflétant à la fois les attentes inflationnistes et la prime de risque associée aux dettes souveraines ouest-africaines. Le BAT sera intégralement remboursé en février 2026, , avec intérêts précomptés (payés d’avance), réduisant le risque de liquidité pour l’État.
En ce qui concerne l’OAT de 3 ans, il fera l’objet d’un remboursement en capital le 3 février 2028, avec des coupons annuels fixes à 6,30% , alignés sur les obligations d’États stables de la zone (ex: Côte d’Ivoire à 6,1% en 2024).
Signaux macroéconomiques et stratégie de dette
En privilégiant le financement intra-UMOA, le Sénégal limite son exposition aux devises étrangères (moins de risque de change) et aux chocs des taux directeurs de la Fed ou de la BCE. Cette approche s’inscrit dans un contexte où la dette extérieure du pays représente 133% du RNB (Banque mondiale, 2024).
Optimisation du coût de la dette
Les taux proposés, bien qu’élevés pour la région, restent inférieurs aux **10-12%** pratiqués sur les eurobonds en 2023. Le choix d’échéances courtes (1 an) et moyennes (3 ans) permet de lisser les échéanciers, alors que le service de la dette absorbe 25% des recettes budgétaires (DG Trésor, 2024).
Liquidité régionale et attractivité
Le taux de couverture de 184,88% souligne la liquidité abondante sur le marché de l’UMOA, dopée par les réserves de la BCEAO et la recherche de rendement des investisseurs locaux dans un environnement de taux bas en Europe.
Enjeux et risques sous-jacents
Avec une inflation à 8,5% en 2024 au Sénégal (Banque centrale), les rendements réels (négatifs pour les OAT) pourraient décourager les investisseurs à moyen terme.
L’État sénégalais, dont le déficit public atteint 5,8% du PIB FMI, 2024), doit arbitrer entre financement marchand et appuis concessionnels (prêts à taux zéro) pour éviter un emballement de la dette.
À moyen terme, le Sénégal gagnerait à émettre davantage d’OAT 5-10 ans pour sécuriser son financement, comme le Maroc ou le Kenya. De même le marché devrait favoriser la diversification des investisseurs en intégrant des fonds souverains africains (ex: Nigeria, Angola) ou des partenaires asiatiques (China Eximbank) pour réduire la pression sur le marché régional.




