Donald Trump est de retour. Ce 20 janvier, il sera investi président des États-Unis au milieu d’un aréopage d’invités formant une sorte d’ internationale populiste selon l’Express. De l’Argentin Javier Milei, qui se félicite d’un excédent budgétaire (le premier en 14 ans) après avoir supprimé des départements entiers comme le ministère de la Culture, jugé inutile, au président du Salvador, Nayib Bukele, accusé de dérives autoritaires mais qui a réussi à enrayer les gangs qui faisaient la loi dans son pays , en passant par le Hongrois Orbán, opposé au droit d’asile, le Premier Ministre d’Italie, Giorgia Meloni, l’ancien président du Brésil, Bolsonaro, ainsi que les leaders d’extrême droite en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne, le discours, non dit, est le même : stopper les migrants et restaurer la grandeur et les privilèges de l’Occident face à une démographie mondiale implacable.
L’extrême droite européenne exprime régulièrement son inquiétude en notant qu’avec 500 millions d’habitants dans l’UE et 1,25 milliard d’Africains en face, dont 40 % ont moins de 15 ans, l’Europe pourrait être ‘africanisée’ par les forces incompressibles de l’histoire et de la démographie d’ici 2050.
En tout cas, les 6 milliards d’euros donnés à la Turquie et les millions accordés aux pays du Maghreb pour sous-traiter la répression des flux migratoires n’ont fait qu’enrichir les passeurs et transformer la Méditerranée en un immense cimetière. Plutôt que de construire un mur avec l’Afrique, ne devrait-on pas aider le continent à s’affranchir des logiques verticales d’exploitation pour adopter une logique horizontale d’intégration et de création d’un marché capable de créer 15 millions d’emplois par an ? L’on assiste plutôt à l’inverse.
Dans le monde réel, les pays européens font tout, consciemment ou inconsciemment, pour saborder la ZLECAF, chacune des anciennes puissances coloniales voulant conserver son pré-carré. À ce propos, voir le dernier livre de Carlos Lopes : « Le piège de l’auto-illusion, explorer les dimensions économiques de la dépendance à la charité dans les relations Afrique-Europe ».
Face à ses peurs irrationnelles, l’Occident a ramené Donald Trump, plus qu’un symbole, une preuve des limites mêmes de la démocratie. La democratie américaine et occidentale semble avoir atteint une sorte d’asymptote, un plafond en termes de liberté de parole, où toute modération est perçue comme une tentative de museler la liberté d’expression. Le discours de haine, ciblé par de nombreuses législations, est devenu une normalité et la vérité elle-même, devenue insaisissable, se perd dans un vaste champ de « vérités » possibles où prévaut celle qui rassemble le plus de suiveurs. C’est l’ère de la post-vérité. L’adhésion ne repose plus sur la force des arguments, mais sur l’effet de masse et la clameur publique. Face à cette vague, les digues cèdent. Même Facebook, avec son système laborieux de vérification des faits, finit par se ranger aux côtés des ‘forces du progrès’ incarnées par Elon Musk, symbole de réussite, tout juste sorti du film Star Wars, et Donald Trump, un leader qui s’oppose à toute forme de censure.
C’est dans ce climat de crise que se déroule la cérémonie de prestation de serment du nouveau président américain, élu grâce à un discours durci ciblant les migrants et les systèmes politiques mous. La peur du déclassement a joué dans cette élection.
Les États-Unis subissent un rattrapage économique par la Chine que la guerre commerciale n’a fait qu’accélérer, et une hispanisation que le mur imaginaire de Trump contre le Mexique n’a pas réussi à endiguer. Les principes messianiques prônés dans la guerre contre l’Ukraine sont contredits par le silence sur la tragédie de Gaza. Toutes ces contradictions affaiblissent la morale droit-de-lhommiste- du ‘monde libre’ défendu par l’OTAN. À cela s’ajoute la crise économique et la précarité suu favorisent les extrêmes comme l’Allemagne en 1936. Dans le fond, cette élection de Trump marque le triomphe de l’anarcho-capitalisme, ultime dérivée du néolibéralisme.
Donald Trump est un adepte du capitalisme anarchiste, pour lequel l’État doit se limiter à défendre la propriété privée et l’ambition individuelle, laissant les rapports de force dominer à l’intérieur des États et sur la scène internationale. Les Africains étonnés que Trump ne s’intéresse pas à leur continent doivent comprendre que le nouveau locataire de la Maison Blanche a d’autres priorités. Tant que le continent sera désintégré, avec des politiciens qui s’entre-dévorent, des milliers de paysans transformés en orpailleurs et réduits à creuser à mains nues à la recherche d’hypothétiques pépites (la tragédie encore fumante survenue en Afrique du Sud étant la dernière d’une longue série), qui s’intéressera à lui ?
