En 2024, la richesse des milliardaires a bondi de 2 000 milliards de dollars, soit une augmentation de 5,7 milliards de dollars par jour, un rythme trois fois plus rapide que l’année précédente. En moyenne, quatre nouvelles personnes ont rejoint le cercle des milliardaires chaque semaine, portant à 204 le nombre de nouveaux ultra-riches cette année. Cette tendance fulgurante s’inscrit dans un contexte de persistance des inégalités mondiales, où le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté n’a que peu diminué depuis 1990.
Selon Oxfam, 60 % des fortunes des milliardaires proviennent d’héritages, de monopoles ou de liens de connivence, remettant en question l’idée selon laquelle ces richesses seraient méritées. Les 1 % les plus riches des pays du Nord continuent de capter des ressources des pays du Sud : en 2023, ils ont ponctionné 30 millions de dollars par heure via le système financier international. Ces flux massifs de capitaux accentuent les déséquilibres économiques et limitent les capacités des pays en développement à financer des services essentiels comme la santé et l’éducation.
En Afrique, les inégalités sont particulièrement marquées. En Afrique du Sud, la richesse combinée de six milliardaires a augmenté de 4,1 milliards de dollars en 2024, soit 11 millions de dollars par jour. Au Nigeria, les quatre milliardaires les plus riches détiennent une fortune totale de 23,7 milliards de dollars, suffisante pour couvrir Lagos en billets de 500 nairas.
Oxfam, dans son rapport intitulé L’art de prendre sans entreprendre, publié à l’occasion du Forum économique mondial de Davos, met en lumière le rôle du colonialisme historique et moderne dans la perpétuation des inégalités. Les pays du Nord, qui représentent seulement 21 % de la population mondiale, contrôlent 69 % des richesses mondiales et accueillent 68 % des milliardaires. Ce déséquilibre trouve ses racines dans une architecture financière mondiale héritée de l’époque coloniale, favorisant la concentration des richesses dans les pays riches.
Entre 1970 et 2023, les gouvernements des pays du Sud ont versé 3 300 milliards de dollars d’intérêts à leurs créanciers occidentaux, des sommes qui auraient pu être investies dans le développement. Par ailleurs, les femmes et les travailleurs migrants continuent de supporter une part disproportionnée des inégalités économiques, occupant souvent les emplois les plus précaires avec des écarts de rémunération significatifs.
Face à ces défis, Oxfam appelle à des actions concrètes pour réduire les inégalités et mettre fin à l’extrême richesse. Parmi les mesures recommandées figurent la taxation des plus riches, l’abolition des paradis fiscaux, et la mise en place d’une nouvelle convention fiscale mondiale sous l’égide des Nations Unies. Oxfam insiste également sur l’urgence d’annuler les dettes des pays du Sud et de démocratiser les institutions financières internationales pour garantir une représentation équitable des pays en développement.
Enfin, Oxfam exhorte les anciennes puissances coloniales à reconnaître les séquelles durables du colonialisme, à présenter des excuses officielles et à engager des réparations pour les préjudices causés. Pour mettre fin à la pauvreté et réduire les inégalités, les dirigeants mondiaux doivent s’attaquer aux systèmes économiques profondément injustes qui perpétuent ces déséquilibres
