(1 USD = 125.82200 ETB ) L’Éthiopie a inauguré une bourse des valeurs mobilières le vendredi 10 janvier 2025 marquant le retour effectif de la corbeille 50 ans après la chute de l’empereur Hailé Sélassié et le basculement de la seule nation non colonisée en Afrique dans une dictature brutale d’inspiration socialiste. L’Ethiopian Security Exchange (ESX) a commencé ses activités avec l’introduction de la Wegagen Bank, acteur clé dans le secteur bancaire éthiopien avec plus de 400 agences à travers le pays avec, sur l’exercice 2023 -2024, avec un PNB de 9,8 milliards de birrs et un bénéfice brut de 2,2 milliards de birrs, en hausse de 40% par rapport à l’exercice précédent.
Dans la foulée, Ethio Telecom, la plus grande entreprise de télécom du pays, sera la prochaine à y être cotée, suivie par jusqu’à 50 autres entreprises d’ici cinq ans, selon Tilahun Kassahun, directeur général de l’ESX. Certaines entreprises entreront en bourse par cotation directe sans introduction classique. L’offre d’Ethio Telecom, gérée par Ethiopia Investment Holdings, vise à lever jusqu’à 30 milliards de birrs, soit environ 234 millions de dollars.
Ce développement marque un tournant pour l’Éthiopie, alors que le pays s’éloigne du modèle économique centré sur l’État. Depuis son arrivée au pouvoir en 2018, le Premier ministre Abiy Ahmed mène des réformes économiques visant à attirer les investissements privés.
Dans un message publié sur la plateforme X, Abiy Ahmed a qualifié le lancement de la bourse de « étape historique pour notre paysage économique et financier ». L’Éthiopie, qui compte environ 130 millions d’habitants, est en plein rattrapage économique.
L’ESX opère sur trois segments de marché : le marché des actions, le marché obligataire et le marché monétaire, offrant une gamme variée de produits financiers aux entreprises, au gouvernement et aux institutions. Sa plateforme pilote de marché monétaire a déjà réalisé des transactions de plus de 100 milliards ETB, démontrant son potentiel à renforcer le système financier de l’Éthiopie et à mobiliser des capitaux pour un développement économique durable.
L’Éthiopie figure parmi les économies ayant les taux de croissance les plus rapides en Afrique. Les mesures de libéralisation de l’économie menées depuis 2018 ont attiré l’intérêt d’entreprises étrangères comme Safaricom, qui a obtenu la première licence privée de télécommunications en 2021. Cependant, les conflits armés dans le pays, notamment la guerre civile de 2020-2022 dans la région du Tigré, ont freiné ces progrès.
Mark Bohlund, analyste chez Redd Intelligence, a exprimé des doutes quant à l’intérêt des investisseurs étrangers pour la nouvelle bourse. Il estime qu’Ethio Telecom est l’une des rares entreprises à répondre aux exigences en matière d’information financière et de liquidité. En revanche, certains investisseurs éthiopiens considèrent cette initiative comme un jalon dans l’évolution économique du pays. Henok Assefa, fondateur de Precise Consult, a déclaré que cela permettrait aux investisseurs locaux de devenir des parties prenantes des grandes entreprises éthiopiennes.
L’Éthiopie a fait défaut sur un paiement d’euro-obligations fin 2023 mais a obtenu un soutien du Fonds monétaire international (FMI) en juillet dernier, suite à une dévaluation de sa monnaie, le birr, qui a atténué la pénurie de liquidités. En décembre, le Parlement a adopté une loi permettant aux acteurs étrangers de s’implanter dans le secteur bancaire. Fin juillet, une réforme majeure du système de change a été annoncée, permettant aux banques commerciales de fixer librement le taux de change.




