[ 1 USD = 624,41600 XAF] Pour juguler la menace d’endettement et de crise financière sur le marché des titres publics de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, invite ses homologues des cinq autres pays (Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad) de cette sous-région à Yaoundé. Selon nos sources, le 16 décembre 2024, jour de cette réunion d’urgence, il sera question d’examiner cette situation pour, au final, adopter de nouvelles mesures de redressement financier et budgétaire pour un ajustement monétaire des Etats.
Concernant l’endettement, les chefs d’Etat ont de quoi s’inquiéter dans un contexte où l’on note que les Trésors publics tardent toujours à respecter les échéances de remboursement et à communiquer avec le réseau des Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT). Ce qui accroit les inquiétudes des investisseurs.
Outre cette faible capacité à rembourser, le niveau d’endettement des pays inquiète. Ainsi, pour ce qui est du Cameroun, le pays cumule une dette de plus de 13.000 milliards de FCFA (20,5 milliards USD) au 30 juin 2024. Ce qui représente plus de 43% du Produit intérieur brut (PIB) du pays. La situation n’est pas plus reluisante au Gabon où, au 31 juillet 2024, le gouvernement annonce un taux d’endettement public de 54,6% alors que le FMI projette un ratio dette publique/PIB de 73 à 78% entre 2024 et 2025. La dette du Congo est proche de 100% du PIB tandis que l’on note une hausse de l’endettement de la Guinée équatoriale de 34,6% en 2022 à 42,1% en 2023.
Par ailleurs, des voix autorisées indiquent par ailleurs que les leaders de la CEMAC vont se pencher sur l’avenir du Franc CFA. Sauf que, pour en discuter, Paul Biya et ses pairs auraient souhaité le faire en présence du ministre français de l’Economie et des Finances. Seulement, l’actualité politique de la France, avec la démission du gouvernement Barnier suite à sa censure par l’Assemblée nationale sur la loi fiscale, réduit les chances d’une présence française de ce niveau de décision. Tout compte fait, l’on ne s’attend pas à un changement de la position des chefs d’Etat de la CEMAC qui, au terme de leur sommet du 17 mars 2023, avaient commis leurs ministres concernés à « une réflexion approfondie » sur le sujet.
Pour rappel, la réunion d’urgence annoncée du 16 décembre 2024 est une sorte de bis repetita. En effet, l’on se souvient que le 23 décembre 2016, dans les mêmes conditions, et alors qu’Ali Bongo était le président en exercice de la CEMAC, le président de la République du Cameroun Paul Biya, avait décidé de convoquer une réunion d’urgence des chefs d’Etat afin de sortir la sous-région de cette crise de la dette. Il récidive cette fois-ci avec, en posture de président en exercice de la Conférence des chefs d’Etat, le président centrafricain, Faustin Archange Touadera.
Comme il y a huit ans, Paul Biya voudrait, une fois de plus, « éviter à la CEMAC une dévaluation de sa monnaie » et « renforcer les mesures d’assainissement et de redressement des finances publiques des Etats de la sous-région de manière globale » en conformité avec les programmes contraignants des bailleurs de fonds au premier rang desquels le Fonds monétaire international (FMI) dont la directrice générale (DG), Kristalina Georgieva, est annoncée à Yaoundé au cours de ces assises de haut niveau.
