Le Ghana vient de tourner une page décisive de son histoire politique, où l’économie, véritable baromètre du bien-être national, a dicté le choix des urnes. Dans un contexte de crise économique sans précédent, le vice-président sortant, Mahamudu Bawumia, a reconnu sa défaite et félicité l’ancien président John Mahama pour sa victoire. « Le peuple a voté pour le changement », a-t-il déclaré, reconnaissant ainsi que la débâcle économique a été fatale au camp présidentiel.
Sous le mandat de Nana Akufo-Addo, le Ghana a vu son économie, autrefois saluée comme l’une des plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, sombrer dans une spirale inquiétante. Pendant des années, le Ghana faisait figure de modèle grâce à ses ressources naturelles et sa croissance rapide. Mais ces acquis ont été anéantis par une gestion économique jugée défaillante, tandis que la Côte d’Ivoire, sous la présidence d’Alassane Ouattara, a émergé comme la locomotive économique de la région. La comparaison est éloquente : la Côte d’Ivoire affiche une croissance annuelle moyenne de plus de 7 % sur la dernière décennie, tandis que le Ghana, confronté à un endettement massif et à une inflation galopante, a vu ses performances économiques s’effondrer. En 2023, la dette publique du Ghana représentait près de 99 % de son PIB, contre environ 56 % pour la Côte d’Ivoire. La dépréciation du cedi, qui a perdu 27 % de sa valeur face au dollar en 2024, a encore accentué les difficultés économiques.
Ces difficultés internes ont eu des répercussions sur la perception du Ghana par les marchés internationaux. En 2022, les principales agences de notation, dont Fitch et Moody’s, ont abaissé la note souveraine du Ghana à des niveaux proches de la catégorie « hautement spéculative ». En juin 2023, Fitch a dégradé la note du pays à CCC, signalant un risque élevé de défaut de paiement. Cette dégradation a accru le coût des emprunts internationaux, exacerbant une crise budgétaire déjà alarmante.
Ces indicateurs économiques n’ont pas seulement pesé sur les institutions, mais surtout sur les citoyens. En novembre 2024, l’inflation atteignait 23 %, augmentant de manière vertigineuse le prix des produits de première nécessité comme les denrées alimentaires. La population, notamment les jeunes, a également dû faire face à un chômage croissant, renforçant un sentiment de désillusion générale. Dans ce contexte, la campagne de John Mahama, axée sur des promesses de « réinitialisation » économique, a trouvé un écho puissant auprès des électeurs.
Face à la pression populaire, Mahamudu Bawumia a reconnu la victoire de son adversaire avant même la proclamation des résultats officiels. Depuis sa résidence à Accra, il a déclaré : « Le peuple a voté pour le changement. » John Mahama, qui a déjà dirigé le Ghana de 2012 à 2017, a qualifié sa victoire d’ »emphatique », affirmant sa volonté de restaurer l’espoir dans un pays meurtri.
Pour John Mahama, ce retour au pouvoir s’accompagne d’énormes défis. Réparer une économie exsangue, restaurer la confiance des investisseurs, offrir des opportunités à une jeunesse désabusée et rivaliser avec une Côte d’Ivoire en pleine ascension ne seront pas des tâches faciles. Le Ghana devra prouver qu’il peut non seulement sortir de la crise, mais aussi regagner son statut de moteur économique de l’Afrique de l’Ouest.
Cette élection réaffirme une vérité essentielle : lorsque les fondamentaux économiques s’effondrent, la démocratie reste le dernier rempart des citoyens pour exiger le changement. Au Ghana, le verdict des urnes a parlé : l’économie a fait tomber le pouvoir.
