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Derrière la chute fulgurante de Bachar al-Assad, le spectre américain du Grand Moyen-Orient

Bachar al-Assad s’est enfui ce 8 décembre 2024 avant l’arrivée des rebelles. Un règne de 24 ans s’éteint à l’aéroport de Damas, où le désormais ex-homme fort de la Syrie s’est envolé tôt ce matin pour une destination inconnue. L’offensive éclair de dix jours, menée par une coalition dominée par les islamistes de Hayat Tahrir…

Bachar al-Assad s’est enfui ce 8 décembre 2024 avant l’arrivée des rebelles. Un règne de 24 ans s’éteint à l’aéroport de Damas, où le désormais ex-homme fort de la Syrie s’est envolé tôt ce matin pour une destination inconnue. L’offensive éclair de dix jours, menée par une coalition dominée par les islamistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTC), a mis fin à une dynastie au pouvoir depuis 53 ans. Mais, avant même que les nuages de fumée ne retombent sur cet énième épisode de l’embrasement du Moyen-Orient, les interrogations abondent.

Comment expliquer que les alliés russes et iraniens, piliers du régime syrien, aient presque laissé faire ? Moscou, jusque-là garant de la survie d’Assad, n’a pas réagi à l’offensive, malgré ses bases militaires stratégiques en Syrie. L’Iran, quant à lui, semble absorbé par ses propres troubles internes et ses engagements au Liban et au Yémen. Si la Turquie, soupçonnée de soutenir HTC, semble poursuivre un agenda clair – endiguer la menace kurde et s’assurer un contrôle implicite sur les ressources pétrolières syriennes – qu’en est-il des autres acteurs ?

L’Occident, pourtant autrefois réticent à l’idée de voir des islamistes au pouvoir, a unanimement salué la chute d’Assad, un régime qualifié de sanguinaire. Israël, de son côté, a joué un rôle décisif en multipliant les frappes sur des cibles stratégiques syriennes, affaiblissant les infrastructures du régime. Jusqu’à Donald Trump, président américain élu, qui a lâché cette phrase ambivalente : « Il y a le bordel en Syrie, mais on ne s’en mêle pas. » Ce silence apparent des grandes puissances laisse entrevoir un jeu plus vaste, où l’Arabie saoudite, rivale de l’Iran, jubile discrètement face à la victoire d’une rébellion sunnite.

Le spectre du « Grand Moyen-Orient »

Derrière ces événements se dessine une possible continuité du plan américain pour le « Grand Moyen-Orient », un projet initié avec l’invasion de l’Irak en 2003. Ce plan visait à redessiner les frontières de la région pour affaiblir les régimes autoritaires et promouvoir des structures politiques plus fragmentées. Si ce projet a été officiellement abandonné, ses échos résonnent encore : du Printemps arabe qui a balayé des dictatures comme celles de Ben Ali et Moubarak, à la chute de Kadhafi en Libye en 2011, et désormais d’Assad en Syrie.

Le triangle du socialisme dictatorial arabe, autrefois incarné par Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi et Bachar al-Assad, a disparu. En moins de deux décennies, ces trois figures, symboles de l’arabisme autoritaire, ont été renversées, laissant place à des luttes d’influence où les puissances étrangères tiennent un rôle central.

À Damas, la chute d’Assad est célébrée comme une victoire par les rebelles. Les annonces se succèdent : libération des prisonniers « injustement détenus », protection des minorités, et promesse d’une Syrie nouvelle. Le Premier ministre intérimaire, Mohammad Ghazi al-Jalali, a déclaré être prêt à « coopérer avec tout leadership que choisira le peuple syrien ». Pourtant, la prudence reste de mise. Les forces rebelles ont interdit aux militaires de s’approcher des institutions publiques, une mesure destinée à éviter un chaos immédiat.

Mais ces promesses suffiront-elles à instaurer une stabilité durable ? La région reste un champ de tensions multiples, où chaque acteur poursuit ses propres intérêts. Alors que Damas célèbre, le conflit israélo-palestinien prend une tournure judiciaire avec l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien. Pendant ce temps, les regards se tournent vers Téhéran, cible potentielle des prochains bouleversements.


Encadré

Des chiffres pour éclairer la situation

  • Le régime Assad : Depuis 2011, la guerre civile syrienne a fait plus de 500 000 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, et déplacé plus de 13 millions de personnes.
  • L’intervention étrangère : La Russie a dépensé plus de 2 milliards de dollars par an pour soutenir le régime syrien, selon des estimations indépendantes. L’Iran, quant à lui, aurait investi près de 10 milliards de dollars en soutien militaire et économique.
  • Le pétrole syrien : Avant la guerre, la Syrie produisait environ 400 000 barils par jour, mais ce chiffre est tombé à moins de 30 000 aujourd’hui, avec une grande partie sous contrôle de factions armées.
  • Le coût humain : Selon Amnesty International, des milliers de prisonniers politiques seraient morts dans les geôles syriennes sous le régime Assad
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