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Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo candidat face au passif du « braquage » de la BCEAO

Désigné candidat du Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) pour la présidentielle de 2025 malgré sa radiation de la liste électorale, Laurent Gbagbo continue de galvaniser ses partisans à travers des meetings. Pourtant, son passé judiciaire, marqué par une condamnation en 2018 pour un supposé « braquage » des agences de la Banque centrale des…

Désigné candidat du Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) pour la présidentielle de 2025 malgré sa radiation de la liste électorale, Laurent Gbagbo continue de galvaniser ses partisans à travers des meetings. Pourtant, son passé judiciaire, marqué par une condamnation en 2018 pour un supposé « braquage » des agences de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) en 2011, reste un obstacle majeur à son éligibilité.

En 2011, au paroxysme de la crise post-électorale ivoirienne, Laurent Gbagbo, alors président sortant, se trouvait confronté à une asphyxie économique orchestrée par l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) et soutenue par la communauté internationale. L’accès aux ressources de la BCEAO, suspendu pour les zones sous son contrôle, a poussé son administration à autoriser des retraits forcés dans certaines agences.

Les opérations, qualifiées de « braquages » par l’opposition et plusieurs institutions internationales, ont permis de retirer près de 300 milliards de FCFA des agences de la BCEAO situées à Abidjan et dans d’autres villes. Ces fonds auraient servi à financer les opérations du régime Gbagbo dans un contexte de blocus économique.

En 2018, Laurent Gbagbo a été condamné par contumace à 20 ans de prison et à une amende de 329 milliards de FCFApar la justice ivoirienne. Cette condamnation, rendue en son absence alors qu’il était détenu par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, a été dénoncée par ses partisans comme une décision politique.

Son acquittement par la CPI en 2019 n’a cependant pas annulé sa condamnation nationale pour le « braquage » de la BCEAO. Cette peine est restée un handicap juridique pour l’ancien chef d’État.

En août 2022, le président Alassane Ouattara a accordé une grâce présidentielle à Laurent Gbagbo, dans un geste visant à apaiser les tensions politiques. Cette grâce n’a toutefois pas effacé sa condamnation. En conséquence, Laurent Gbagbo reste privé de ses droits civiques, notamment le droit de vote et d’éligibilité.

C’est dans ce cadre juridique délicat que Laurent Gbagbo multiplie les meetings. Lors d’un rassemblement à Gadoukou, le 1er décembre, il a promis d’améliorer le pouvoir d’achat des Ivoiriens s’il revenait au pouvoir. « L’argent doit circuler, car c’est quand il circule qu’il arrive dans les poches », a-t-il notamment déclaré, sous les acclamations de ses partisans. La réaction du camp du pouvoir ne s’est pas faite attendre. «…peut être l’argent circulait. Mais il circulait dans les maquis de Yopougan » a déclaré Kobenan Kouassi Adjoumani , ministre de l’Agriculture et du Développement Rural.

En tout cas, la condamnation pour le « braquage » de la BCEAO et l’absence d’amnistie compliquent les ambitions présidentielles de Laurent Gbagbo. En Côte d’Ivoire, toute personne condamnée à une peine privative de liberté supérieure à cinq ans est automatiquement radiée des listes électorales, rappelle un juriste. «Une réhabilitation judiciaire ou une amnistie serait nécessaire pour rétablir ses droits civiques ». 

Face à cette situation, les partisans de Laurent Gbagbo, regroupés autour du PPA-CI, dénoncent une instrumentalisation de la justice et appellent à une réforme des lois électorales pour lui permettre de  concourir.

Dans un contexte marqué par des tensions croissantes, le retour de Laurent Gbagbo sur la scène politique accentue la fragmentation du paysage politique ivoirien. Sa rivale directe, Simone Ehivet Gbagbo, son ex-épouse et présidente du Mouvement des Générations Capables (MGC), a également annoncé sa candidature pour la présidentielle de 2025. Cette double candidature issue d’un même foyer politique révèle des divisions idéologiques profondes.

S’il reste un acteur incontournable de la politique ivoirienne, Laurent Gbagbo n’en est pas moins confronté à des obstacles juridiques liés à sa condamnation pour le « braquage » de la BCEAO et, de l’avis de ses partisans, posant  des questions sur la sincérité et la transparence du processus électoral de 2025.

L’issue de cette bataille juridique et politique sera déterminante pour l’avenir démocratique de la Côte d’Ivoire, tout comme pour l’héritage politique de Laurent Gbagbo:

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