De l’ex-projet de gazoduc Nigeria-Maroc – devenu l’African Atlantic Gas Pipeline – à la situation actuelle du secteur énergétique au Maroc, Amina Benkhadra, directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines du Maroc (ONHYM) depuis 2003, répond aux questions de Financial Afrik en marge de la première édition du Sommet de la coopération énergétique de l’Afrique de l’ouest organisé du 3 au 5 décembre 2024 par EnergNet à Lomé (Togo). « Nous avons engagé toutes les réflexions sur la gouvernance du projet, nous avons préparé l’accord entre les chefs d’Etat, qui va être signé prochainement, en début 2025 », confie-t-elle.
Propos recueillis par Nephthali Messanh Ledy
Du gazoduc Nigeria-Maroc à l’African Atlantic Gas Pipeline. Pourquoi un tel changement d’appellation ?
Je voudrais d’abord exprimer tout le plaisir que j’ai de me trouver aujourd’hui à Lomé, au Togo, pour cette première conférence de la coopération régionale de l’Afrique de l’Ouest, dans le domaine de l’énergie. Et comme nous le savons tous, l’énergie est essentielle pour le développement économique et social, et notre continent a nombre de défis à relever, et qu’il relève dans le cadre des programmes de coopération.
Le projet du gazoduc Nigéria-Maroc, qui a été lancé par Sa Majesté le Roi et par le président du Nigéria, est un projet d’envergure stratégique de portée continentale : accompagner le développement de l’Afrique de l’Ouest, puisqu’il concerne 13 pays sur l’Atlantique et 3 pays enclavés. C’est un catalyseur du développement qui va permettre de faire accéder un certain nombre de pays à une énergie durable, qui est le gaz naturel dont disposent de beaucoup de pays dans cette sous-région, notamment le Nigéria, mais également la Mauritanie, le Sénégal, et la Côte d’Ivoire. Il y aura des retombées économiques, sociales et de développement industriel considérables sur la région. Et du fait de sa portée continentale et atlantique, du Nigéria au Maroc, le nom de manière très naturelle pour montrer la puissance de ce projet d’intégration régionale a été appelé African Atlantic. C’est un projet qui porte en son essence la volonté d’intégration de notre sous-région. Et nous sommes tous conscients que l’écosystème africain est un des moins intégrés, et que l’intégration régionale est essentielle pour la croissance et le développement de notre continent.
Quel serait donc l’apport de ce projet pour les économies de la sous-région ?
Ce projet va permettre d’accélérer l’accès à l’énergie à partir d’une source d’énergie durable, qui est le gaz naturel. Par cette énergie durable, il va permettre d’accélérer le développement économique et notamment d’un certain nombre de secteurs industriels. Je fais référence essentiellement d’abord aux mines. Tous ces pays de la zone ouest-africaine regorgent de richesses minérales importantes, de minéraux stratégiques et critiques qui sont nécessaires à la transition énergétique et à la transition numérique. Ces ressources naturelles et minières, ont besoin d’une énergie durable pour être développées. Et donc, il n’y a que des bénéfices et des retombées extrêmement importants en termes de développement de projets, non seulement pour la génération d’électricité, mais également pour le développement du secteur industriel, comme les mines, le secteur agricole et l’accélération d’un certain nombre de secteurs dans chacun des pays.
Quelle est la vision de votre pays, le Maroc, en matière d’énergie ?
Le Maroc aujourd’hui a une dynamique de développement considérable qui est marquée par un certain nombre de stratégies sectorielles qui émanent toutes de Sa Majesté. Un plan de développement agricole qu’on appelle le plan Maroc Vert, un plan d’accélération industrielle pour un certain nombre d’industries, un plan de développement du secteur minier et également du phosphate qui sont la première opération actuelle, des plans de développement pour l’habitable et les nouvelles villes, des plans de développement d’infrastructures ; et tout ce développement exige une disponibilité de l’énergie.

Le Maroc a mis en place une stratégie, en 2019, pour assurer la sécurité d’approvisionnement de notre pays, diversifier nos sources d’énergie et dans ce cadre-là, le Maroc a bâti deux grands éléments essentiels à rappeler. Tout d’abord, l’électrification rurale généralisée. Le Maroc a un taux d’électrification de 99,95%, et c’est un projet extrêmement d’envergure puisque nous avions un taux d’électrification de 25% en 1995 qui a été porté par une dynamique avec des solutions innovantes en termes de financement et une appropriation par un certain nombre d’acteurs, mais également par les consommateurs. A côté de cette électrification rurale généralisée, le Maroc a aujourd’hui une autre utilisation et un développement important de son mix énergétique ouvert à toutes les ressources. Bien sûr le charbon propre, mais également le gaz naturel et surtout le développement des énergies renouvelables, le solaire et l’éolien. Cela émanait d’une vision de Sa Majesté le Roi qui voulait asseoir le développement de ce secteur sur une trajectoire également durable tout en développant les autres sources. Le Maroc a donc lancé deux grands projets d’envergure, un plan solaire et un plan éolien qui permettraient de construire 42% de capacité en 2022 disponibles en énergies renouvelables et la capacité des énergies renouvelables serait de 52% à l’horizon 2030.
Plusieurs centrales ont été construites dans ce sens, notamment la grande centrale de la grande centrale de Bolsazène, qui est connue au niveau mondial, et les grands projets de développement des énergies solaires et éoliennes qui ont été initiés par le Maroc, sont aujourd’hui reconnus à l’échelle régionale et internationale, et font du Maroc à la limite un pays un peu pionnier, puisque très tôt nous avons pris la décision, grâce aux orientations royales, de nous inscrire dans le développement des énergies renouvelables. Aujourd’hui, ces énergies sont encore plus compétitives qu’elles ne l’étaient il y a quelques années, elles sont davantage accessibles, et je pense que c’est aussi un des créneaux de développement pour notre région, en Afrique, le gaz naturel, mais également le développement des énergies renouvelables.
A ce jour, quels sont les projets en cours de l’ONHYM ?
L’ONHYM est un organisme public qui est en charge de trois secteurs : le développement de l’exploration minière, la recherche et le développement des hydrocarbures (oil & gaz), et le développement du transport du gaz et de l’électricité. Dans ce cadre-là, nous avons plusieurs programmes de travaux de recherches dans les minéraux, d’abord les minéraux critiques, les minéraux stratégiques, comme le cuivre, le lithium, le cobalt, et d’autres, et bien sûr les méthodes bases que nous exploitons depuis toujours. Nous avons également des programmes en partenariat avec des sociétés d’envergure internationale, des juniors et des majors pour le oil & gaz et le développement de ce secteur.

Et enfin, pour le transport du gaz, l’Onhym est en charge, avec la National Nigeria Petroleum Corporation du Nigéria, de porter ce projet stratégique du Gazoduc Atlantic. Nous menons ensemble, avec les grands cabinets internationaux, les études d’ingénierie détaillées. Nous avons engagé toutes les réflexions sur la gouvernance du projet, nous avons préparé l’accord entre les chefs d’Etat, qui va être signé prochainement, en début 2025, nous avons lancé les études d’impact environnemental sur tout le tracé du Maroc jusqu’au Nigéria. Les travaux sont en cours dans le cadre d’un partenariat avec l’ensemble des pays concernés, et d’une coopération win-win avec l’ensemble de ces pays que nous remercions pour leur engagement, et notamment la CEDEAO, qui nous accompagne depuis le début du projet, et je rends hommage ici au travail qu’a fait la CEDEAO à nos côtés, pour enclencher ce processus d’intégration de l’ensemble des pays concernés.




