Depuis la nomination d’Olayemi Cardoso, diplômé de Harvard, à la tête de la Banque Centrale du Nigeria (CBN) en septembre 2023, la dévaluation de la Naira a pris une tournure alarmante. Echangée à environ 460 Naira pour 1 dollar américain lorsqu’il prenait fonction, la monnaie s’échange désormais à plus de 1 600 Naira pour un dollar, marquant une dépréciation de plus de 170 % en un an. Cette chute vertigineuse a lourdement impacté le pouvoir d’achat des Nigérians, aggravant l’inflation et le coût de la vie et, au passage, érodé la confiance du palais présidentiel envers l’ancien directeur général de Citibank Nigeria.
En juillet 2024, le taux directeur de la CBN a été porté à 26,75 %, un niveau historique qui a alourdi le coût des emprunts et freiné la croissance économique. Parallèlement, la suppression des subventions sur le carburant et les politiques monétaires rigides de la CBN ont laissé de nombreux ménages dans une situation de précarité, peinant à couvrir leurs besoins de base. Beaucoup reprochent à ces réformes de privilégier les exigences internationales, celles du FMI notamment, au détriment des réalités locales, où les petites entreprises et entrepreneurs luttent pour accéder au financement.
Cependant, certains signaux de stabilisation émergent. Le mois de juin 2024 a connu des fluctuations plus faibles de la Naira, et l’inflation, bien qu’à un sommet de 28 ans en mai, montre des signes de ralentissement. Cardoso défend la libéralisation du taux de change, arguant que cela rapproche la Naira de sa valeur réelle sur le marché et attire des flux de devises étrangères.
En effet, les réserves en devises ont atteint 40 milliards de dollars en octobre, tandis que les envois de fonds ont bondi à 600 millions de dollars en septembre, contre 250 millions quelques mois plus tôt. Malgré la pression sociale, Cardoso reste optimiste sur les opportunités que cette situation pourrait offrir. Selon le gouverneur, la faiblesse de la Naira pourrait renforcer la compétitivité des exportations nigérianes et encourager une diversification économique longtemps attendue. « La situation n’est pas idéale, mais elle offre une chance unique d’attirer des investissements et de stimuler la production locale », a-t-il déclaré.
Un an après son arrivée, bien que les réformes soient douloureuses, les autorités espèrent que ces mesures jetteront les bases d’une économie plus résiliente, moins dépendante du pétrole. Pourtant, pour de nombreux Nigérians, la patience s’amenuise face à des prix du carburant multipliés par cinq et une monnaie qui continue de dévaluer.
