Le 18 novembre 2024, l’agence S&P Global Ratings abaissait la note de crédit souveraine en monnaie locale du Congo-Brazzaville à SD/SD (Selective Default), un déclassement qui semblait traduire une situation critique. Pourtant, dès le lendemain, S&P révisait sa position et rehaussait la note du pays à CCC+/C, marquant un revirement spectaculaire. Que s’est-il passé en l’espace de 24 heures pour justifier une telle volte-face ?
Le déclassement initial de S&P reposait sur la conclusion d’un échange de dette en franc CFA sur environ 53 % des instruments émis sur le marché régional, soit 1 236 milliards de francs CFA. Cette opération, qualifiée de « détresse » par S&P en raison de la fragilité des liquidités du Congo, représentait un remaniement significatif du calendrier d’amortissement du pays. La dette restructurée, dont les maturités ont été prolongées de cinq à dix ans, a permis de réduire les pressions à court terme sur les finances publiques, tout en maintenant des conditions similaires en termes de coupons et de principal.
Cependant, l’évaluation initiale de S&P ne semblait pas tenir compte de l’achèvement effectif de cette restructuration et de son impact positif immédiat. La révision opérée le 19 novembre a corrigé cette erreur en attribuant une note CCC+, reflétant la stabilisation du profil d’endettement du pays.
Si le passage à CCC+ marque une amélioration relative, cette notation traduit encore une dépendance aux conditions économiques et financières favorables pour honorer les engagements financiers. La situation reste fragile : plus de 60 % de la dette régionale arrive à échéance avant 2026, et les options de financement extérieur du Congo demeurent limitées. La conclusion prochaine du programme de facilité élargie de crédit avec le FMI, en décembre 2024, pourrait également réduire l’accès aux financements officiels.
Le Congo devra démontrer sa capacité à consolider ses finances publiques, soutenues par de solides recettes pétrolières, tout en évitant de nouvelles restructurations. La confiance des investisseurs régionaux, ébranlée par cette série d’ajustements, reste à regagner. S&P a précisé que des perspectives plus favorables pourraient justifier une hausse de la notation, à condition que les pressions sur les liquidités diminuent et que le gouvernement s’engage fermement à honorer ses dettes commerciales.
Une erreur révélatrice
Ce revirement en moins de 24 heures illustre les défis auxquels sont confrontées les agences de notation dans l’évaluation des économies fragiles, particulièrement en Afrique. Une meilleure coordination entre S&P et les autorités locales aurait pu éviter cette confusion, qui a exacerbé les doutes des investisseurs. La crédibilité des notations, essentielle pour orienter les décisions de financement, en ressort érodée.
Ainsi, si le Congo peut se réjouir d’un réajustement positif de sa note, cet épisode souligne l’importance d’une communication transparente et proactive avec les acteurs internationaux pour éviter de nouvelles erreurs d’appréciation.
