Dakar et Bruxelles mettent fin à partir de ce dimanche 17 novembre 2024 à minuit, à un accord de pêche décrié par les pêcheurs sénégalais. Les opérateurs artisanaux se plaignent depuis des années de la concurrence déloyale imposée par les navires industriels étrangers, souvent accusés de surexploitation des ressources. De son côté, l’Union Européenne accuse le Sénégal de défaillances dans la lutte contre la pêche illicite non déclarée. Une manière d’indexer la Chine et d’autres flottes étrangères présentes au Sénégal à travers le régime des sociétés mixtes ou sociétés de droit sénégalais?
Toujours est-il que, entre 2019 et 2024, l’accord de pêche avec l’Union Européenne a généré 8,5 millions d’euros pour l’État sénégalais. Trop peu vu de Dakar qui a en tête les prix pratiqués sur le marché international. Pour sa part, l’Union Européenne estime que les captures des navires européens sont restées modestes, totalisant 10 000 tonnes sur cinq ans, soit seulement le cinquième de ce qui était prévu.
En clair, il semble que l’accord n’arrange plus aucune des deux parties. Cette rupture dont chaque partie se réclame la paternité met fin à plus de 40 ans de coopération. Va-t-on vers une nouvelle approche sénégalaise en matière de développement et de transformation des ressources halieutiques ? Sachant que la plupart des espèces, notamment les pélagiques, ne connaissent pas de frontières, le Sénégal arrivera-t-il à faire adopter aux pays voisins (Maroc, Mauritanie, Guinée Bissau et Cap-Vert) une approche commune pour une pêche durable entre l’Union Européenne des 27 et le cartel (encore inexistant) des pays africains exportateurs de poisson ? En attendant, une approche commune, voici la chronologie d ‘un divorce aux enjeux économiques et sociaux importants.
- 17 novembre 2024, minuit : L’accord de pêche prend officiellement fin. À partir de cette date, aucun navire européen ne pourra pêcher dans la zone économique exclusive sénégalaise.
- 13 novembre 2024 : Lors d’un rassemblement, le ministre sénégalais Abdourahmane Diouf déclare que c’est le Sénégal qui a décidé de ne pas renouveler l’accord de pêche, accusant ces accords d’appauvrir les pêcheurs sénégalais.
- 12 novembre 2024 : Jean-Marc Pisani, ambassadeur de l’Union Européenne, annonce que l’accord de pêche ne sera pas renouvelé, évoquant des « défaillances » dans la lutte contre la pêche illicite et la gestion des ressources halieutiques.
- 27 mai 2024 : La Commission européenne adresse un « carton jaune » au Sénégal, citant des « lacunes graves » dans le contrôle de la pêche, notamment sur les navires battant pavillon sénégalais et les exportations illicites vers l’UE.
- Novembre 2019 : Renouvellement de l’accord pour cinq ans, limitant les captures européennes à des stocks excédentaires. Cet accord est valable jusqu’en 2024.
- 2014 : Signature d’un premier accord de partenariat pour une pêche durable entre le Sénégal et l’Union Européenne, permettant aux navires européens de pêcher dans les eaux sénégalaises en échange d’une contribution annuelle de 1,7 million d’euros.
