Dans le cadre du forum ESG Afrique 2024 tenu les 21 et 22 octobre 2024 à Abidjan, et qui vise à établir une plateforme pour que les parties prenantes se concentrent sur la question de la divulgation ESG (gouvernance environnementale et sociale), Maman-Sani Issa, directeur du département des sauvegardes et conformités environnementales et sociales de la Banque africaine de développement (BAD) évoque, avec Financial Afrik, l’état des lieux de l‘ESG, de l’ambition de la BAD de bâtir des écosystèmes financiers durables du continent et des perspectives de la banque en matières d’ESG.
Propos recueillis à Abidjan par Issouf Kamagaté
La BAD organise, à Abidjan, un forum sur la divulgation des données ESG. C’est quoi concrètement le concept ESG ?
D’abord, il faut noter qu’il s’agit du premier forum Afrique pour la publication des données de gouvernance environnementale et sociale. Qui a pour acronyme anglais Environnement Social Gouvernance (ESG). En réalité, il faut mettre cela dans un contexte. La prise de décision a toujours besoin de données et d’informations. Lorsqu’on parle de développement durable en mettant l’accent sur les changements climatiques, la protection de la biodiversité pour assurer la durabilité du développement, on a besoin d’informations sur où est ce qu’on investit, comment on investit et quels sont les impacts de ces investissements en matière des respects des engagements pris par la communauté internationale dans le domaine de la lutte contre le changement climatique et la conservation de la biodiversité. C’est ça l’essence de la publication des données de chaque acteur du développement pour que le monde entier sache si nous sommes en train d’aller dans la bonne direction en matière d’investissement et de décision que nous prenons. Et de plus en plus, contrairement à ce qui a été traditionnellement fait, à savoir que ce sont les données financières et comptables qu’on a tendance à publier pour les tendances économiques, on est en train de se rendre compte qu’il y a un gap énorme en matière de publication des données relatives à l’environnement et au social et la bio diversité. Et les agences de notations, ceux qui investissent aujourd’hui pour les financements climatiques, les financements verts ont besoin de ces informations. L’Afrique, par rapport à notre niveau de développement, a souvent eu de retard dans ce domaine, d’où cette initiative de la BAD de lancer le processus et amener tout le monde à partager ce que chacun produit dans un format compréhensible, accessible et harmonisé afin qu’au niveau mondial ou africain, financiers, investisseurs de développement, producteurs ou consommateurs, nous sachons ce qui est en train de se passer dans le monde.
La BAD est à l’avant-garde de tout ce qui est économie verte, en témoigne ces émissions vertes dans certains pays. Quels sont les politiques qu’elle compte mettre en place pour que tous les pays africains puissent suivre cette tendance ?
Au niveau de tous les pays africains, les politiques environnementales et sociales existent. Les engagements pour la protection de l’environnement, la lutte contre le changement climatique, la conservation de la biodiversité existent et transparaissent clairement dans les politiques et stratégies des pays. Il est vrai qu’il y a parfois des questions de défis, de capacité pour mettre en œuvre, et c’est pour cela qu’on a l’impression que cela n’existe pas. La BAD ne vient pas pour construire ces politiques et réglementation. Elle vient en tant qu’acteur de développement au niveau africain, apporter son appui souvent financier, souvent technique et tant que conseiller sur ces trois piliers là pour que les pays et aussi le secteur privé puissent capaciter un peu plus afin que le bénéfice global puisse être réalisé. Nous apportons du financement et du renforcement de capacité et des conseils à tous les acteurs.
Quel est aujourd’hui l’état des lieux sur la diffusion des données ESG en Afrique ?
L’état des lieux c’est que cette diffusion est faible. C’est pour cela d’ailleurs que nous proposons, à l’issue du processus que nous entamons aujourd’hui, la mise en place d’un Hub pour la publication des données d’information. Certainement il y a plusieurs portails, des initiatives de part et d’autre, mais aujourd’hui si vous voulez aller sur google ou à travers un moteur de recherche pour trouver des données sur les ESG consolidées en Afrique, vous ne trouverez pas.
Y’a -t-il des pays africains qui sont en avance sur d’autres dans le domaine ?
Selon l’état des lieux que nous avons fait, il y a environ huit ou neuf pays qui, aujourd’hui, ont, dans leur législation, même au niveau de leur banque centrale, l’obligation de collecter, de consolider et de partager les données ESG dans leur rapport financier et d’investissement. Ils ont mis en place le cadre institutionnel et juridique, mais les produits ne sont pas encore aussi visibles, accessibles pour tout le monde. Donc on est qu’au premier stade de cette aventure qui est très importante pour le développement durable et inclusive.
Quels sont les avantages et les inconvénients de cette approche collaborative ?
Si on ne le fait pas, c’est qu’il y a le contexte africain qu’il faut toujours voir. Quand on partage les données pour avoir accès au financement durable (les obligations vertes, etc. ), si on se met à adopter les standards globaux, qui ne tiennent pas compte de nos spécificités, on sera désavantagé dans l’accès au financement, qui est déjà un élément très important. La deuxième chose qu’il faut considérer c’est qu’avoir une plateforme commune permet de comparer les indices entre pays, ça permet aussi d’avoir des agrégats au niveau africain comparé avec les autres continents pour savoir quels sont les efforts que l’Afrique fournit. Ça permet un meilleur plaidoyer global lorsqu’on se retrouve au niveau mondial pour discuter de ces choses et savoir comment on alloue les ressources. Donc ne pas se mettre ensemble pour partager des données harmonisées qui donnent la vraie physionomie de l’Afrique en termes d’efforts qui est en train d’être fait sur le développement durable et inclusive à travers ces informations agrégées, ça ne peut que ne pas nous servir. Tout en considérant que l’Afrique est très riche en capital naturel, si nous n’avons pas ces informations, nous ne saurons même pas comment gérer nos stocks, à quel niveau nous sommes et qu’est ce qu’on en tire réellement comme bénéfice.
La BAD a pris plusieurs initiatives comme les émissions des obligations vertes. Combien compte-t-elle investir dans ces instruments dans les cinq ou dix années à venir ?
Vous avez suivi ce que le vice-président du secteur privé a mentionné. La BAD et des pays ont émis des obligations liées aux ODD. C’est une initiative qui va continuer parce que c’est la meilleure approche. Le développement socio-économique est fondamentalement basé sur une bonne gestion durable des capitaux naturels, de la bonne gouvernance et de l’inclusivité. Ces trois piliers sont dans l’ESG. On ne peut pas s’arrêter en si bon chemin. Quelques pays ont déjà émis des obligations ODD (Bénin, Côte d’Ivoire, le Rwanda, l’Egypte, le Kenya etc). Grâce à la BAD, ça devient un outil de mobilisation de ressources additionnelles très important et on va certainement affiner avec cette initiative ESG, le suivi-évaluation de ces mécanismes de financement. Encore une fois, on n’est qu’au début. La BAD est une institution, la première d’ailleurs, qui est engagée pour le développement de l’Afrique. On a commencé, on va avancer et améliorer au fur à mesure pour qu’à court ou moyen terme les différents outils soient efficaces pour permettre de mobiliser de plus en plus de finance durable pour le développement inclusif.
Vous voulez institutionnaliser cette rencontre quelle sera la périodicité si c’est le cas ?
Vu l’importance de la question, on pense le faire chaque année pour la simple raison qu’il faut aller bien en considérant qu’il ne faut pas trainer les pas. Il ya beaucoup d’initiative au niveau mondial Donc, on est presqu’à l’état zéros en matière de publication harmonisée et de portail d’entrée qui facilite pour tout le monde y compris d’ailleurs pour les données fiables parce qu’il faut qu’il y ait la fiabilité des données des formats standardisés pour que nous partageons les mêmes choses et qu’il y ait la comparabilité dans nos actions. On peut avoir des informations de part et d’autre, mais ce n’est pas harmonisé. On ne fait que commencer.




