Le Tchad, un pays riche en ressources pétrolières mais vulnérable aux chocs économiques, a vu sa note à ‘B-/B’ reconduite par S&P Global, avec une perspective stable. Cette décision prise le 28 octobre 2024 repose sur une évaluation globale de la situation macroéconomique du pays, caractérisée par des réformes en cours, une transition politique récente et une dépendance continue aux revenus pétroliers.
Cependant, des améliorations notables dans la gestion de la dette et une stabilité accrue grâce à l’adhésion à la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) offrent des perspectives encourageantes.
La transition politique entamée après la mort de l’ancien président Idriss Déby en 2021 s’est achevée avec l’élection de son fils, Mahamat Idriss Déby, à la présidence en mai 2024. Cette transition a permis de lever certaines incertitudes politiques qui pesaient sur l’économie. S&P Global anticipe que la nouvelle administration va accélérer les réformes structurelles, notamment pour diversifier l’économie et réduire la dépendance au secteur pétrolier. Néanmoins, ce processus sera long et le pétrole continuera de jouer un rôle prépondérant, représentant plus de 20 % du PIB en 2023.
En parallèle, les réformes fiscales et la modernisation de la collecte des recettes non pétrolières ont commencé à porter leurs fruits, bien que la lenteur de ces progrès laisse le budget national largement dépendant des fluctuations des prix du pétrole.
Une des réussites notables du Tchad est l’amélioration de son profil de la dette. Après avoir restructuré sa dette dans le Cadre Commun du G-20 en novembre 2022 et réglé une partie importante de sa dette commerciale envers Glencore, le pays bénéficie désormais d’une dette externe principalement concessionnelle. Cette situation, combinée à des prix du pétrole favorables, permet au Tchad d’avoir une charge d’intérêt relativement faible, ne représentant que 4,4 % des recettes publiques entre 2024 et 2027.
En termes de croissance, S&P Global prévoit un taux de 3,6 % par an entre 2024 et 2027, soutenu par les investissements dans le secteur pétrolier, notamment par Perenco et la China National Petroleum Corporation (CNPC). Toutefois, cette croissance demeure vulnérable aux fluctuations des prix internationaux du pétrole, et la diversification économique, bien qu’en cours, n’a pas encore produit des résultats tangibles.
Défis sécuritaires et environnement externe
Le Tchad continue de faire face à de nombreux défis sécuritaires, en raison de sa situation géographique entourée de pays instables tels que la Libye, le Soudan et le Niger. Ces tensions régionales exacerbent les pressions sur les dépenses publiques, notamment en matière de sécurité et de gestion des réfugiés, le pays accueillant près de deux millions de réfugiés et 500 000 déplacés internes.
Malgré ces défis, l’armée tchadienne reste l’une des plus puissantes de la région, avec le soutien d’alliés tels que la France, ce qui aide à contenir certaines menaces terroristes. Toutefois, la situation sécuritaire représente un risque important pour la stabilité macroéconomique et politique du pays.
Conclusion : Une stabilité fragile mais des perspectives encourageantes
En somme, le Tchad se trouve à un tournant critique de son développement économique, avec des perspectives de croissance soutenues par la stabilisation politique et des réformes économiques en cours. Cependant, sa dépendance au pétrole et les risques sécuritaires posent des défis significatifs. La note ‘B-/B’ attribuée par S&P Global reflète cette stabilité fragile, tout en reconnaissant les efforts du pays pour améliorer sa gestion macroéconomique et diversifier ses sources de revenus. Pour l’avenir, la capacité du Tchad à accélérer ses réformes, tout en naviguant à travers des environnements internes et externes incertains, sera cruciale pour assurer une croissance durable.
